Souhait pour 2012: un bon petit défaut ?
vonric | 27 décembre, 2011 17:04
Écroulement du communisme en 1989, crise du capitalisme en 2007. En tous cas la finance a fait le plongeon avec l'affaire des subprimes. Cette crise a entrainé une violente récession : la contraction du crédit, l'explosion du chômage, l'envolée des déficits et des dettes, et les plans d’austérités.
Les banques sauvées par les contribuables, eux-mêmes plongés dans la crise
Les banques ont pu être sauvées, aux frais du contribuable (mais avait-on un autre choix ? Comme le rappelle l'économiste Frédéric Lordon sur France Inter "la ruine complète du système bancaire c'est le retour au jardin potager
en 5 jours. Le système bancaire est de fait le conservateur des
encaisses monétaires du public et le conservateur de l’intégrité du système des paiements. Or avec des banques en ruine, impossible de payer
en carte bleue, impossible de payer par chèque, impossible de retirer
du liquide au distributeur. Il reste le liquide que chacun a en poche !" ).
Petit rappel: en septembre-octobre 2008, c'est la contagion en Europe: un certain nombre de
banques européennes sont au bord de la faillite et sauvées in-extremis
par les Etats (surtout en Grande Bretagne, Belgique, Allemagne...). En
France l'Etat prête aux banques à 8%, se félicitant au passage de
l'opération, sans dire que en même temps, les banques, pour rembourser
l'Etat par anticipation, ont emprunté à la Réserve Fédérale américaine à
0.25% ou même 0,01% et à la BCE à 1%. Une très bonne opération pour elles donc.
Par ailleurs, les Etats
européens ont injecté au capital ~450 milliards
d'euros. Mais comme ceux ci n'ont pas l'argent, ils ont donc émis des
emprunts publics pour le financer, tout en demandant aux banques sauvées de les acheter. On a ainsi récemment appris que la Réserve Fédérale américaine a prêté engagé près de .... 7 mille milliards à des taux proches de 0 (0.01% en décembre 2008 ) [suite au commentaire d'Arnaud, je précise : l'article de Bloomberg était titré: "L'aristocratie de Wall Street a reçu mille deux cent milliards en prêts secrets de la Fed" et les 7.7 mille milliards correspond au total des engagements ; voir ici]; les banques françaises
s'en sont servies pour acheter de la dette des Etats payant des taux de 3%. Gros bénéfice pour ces établissements financiers qui ont distribué de bons bonus à leurs traders ... pour avoir eu l'intelligence d'accepter cette manne gratuite !
Les malades retapés se vengent sur les docteurs
Les banques retapées, estimant avoir remboursé les prêts accordés par les Etats, se sont alors tournées vers les pauvres Etats épuisés en disant : hou là là, vous êtes très mal au point, c'est pas bon du tout (la dette britannique est passée de 40% à 80% du PIB en 4 ans).
Ainsi les politiques ont plié sous les désirs du dieu Finance (ou du moins ce qu'ils croient que les marchés souhaitent, car au final on n'en sait trop rien). On se trouve donc actuellement avec des plans d'austérité qui n'ont, selon Frédéric Lordon, strictement aucun chance d'aboutir aux objectifs qu'ils se sont donnés.
Pour qu'un pays comme la Grèce puisse se sortir de sa grave situation d'endettement, il y a uniquement 3 possibilités :
- dévaluer (impossible car Euro)
- baisser les taux directeurs (impossibles car ils sont déjà très bas)
- augmenter ses exportations, et donc que les pays autour fassent de la croissance (on est plutôt tous en récession).
Or la méthode appliquée en Grèce est tellement violente que les recettes fiscales se contractent plus vite qu'on ne réduit les dépenses et donc les dettes continuent d'augmenter (le mois dernier encore on a vu que le déficit budgétaire grec a continué a se creuser en novembre, à 20,5 milliards d'euros, en hausse de 5% par rapport au déficit cumulé des onze premiers mois de 2010, en dépit de la politique de rigueur suivie par le pays surendetté ). Solution? On en remet une couche encore plus dure... on peut prolonger la série, la Grèce ne pourra jamais rembourser.
Il se passera donc ce qui est déjà annoncé: la Grèce fera défaut.
Et pourquoi pas faire défaut?
Argh, le mot horrible. Naaan surtout pas ça ! Jean-Michel Six, le représentant de Standard&Poors en France prévient: regardez ce qui s'est passé en Argentine ; cela veut dire se couper des marchés financiers pendant 10 ou même 15 ans ! Pourtant, l’Argentine est souvent montrée en exemple.
Anne-Sophie Jacques a écrit un article très complet sur @SI. Elle se base sur les écrits d'un économiste et prof à l’Université de Pau pour expliquer que
"le défaut raisonné est une hypothèse loin d’être idiote, et surtout, chose nouvelle, qu'elle peut se décider unilatéralement par les Etats (une sorte de bras d'honneur fait aux banques) : "A quelles conditions un Etat peut-il se passer de ses créanciers, s’il accepte l’idée de ne pas les rembourser ni leur payer d’intérêts sur les sommes empruntées ? Réponse : dès lors que ses recettes couvrent ses dépenses… hors remboursement de la dette et paiement des intérêts, donc à condition que le solde primaire des finances publiques soit nul ou positif, c'est-à-dire à partir du moment où il n’aurait besoin d’emprunter que pour honorer le service de sa dette.""
Cet économiste publie des tableaux comparatifs montrant que
""La zone Euro est structurellement excédentaire avant service de la dette et a été conjoncturellement déficitaire, globalement elle n’emprunte pas pour financer ses dépenses courantes." Conclusion de l’économiste : "On retiendra donc de ces tableaux qu’en termes de budget primaire l’Europe est beaucoup plus vertueuse que le Japon, la Grande Bretagne et les Etats-Unis. C’est dire que tout le ramdam qui est fait actuellement autour de la dette européenne est largement une mayonnaise montée de toutes pièces par des apprentis sorciers anglo-saxons, pour tenter de canaliser les flux financiers mondiaux vers leur propre endettement… pourtant beaucoup plus problématique : apprentis sorciers au sens où ils déclenchent une foudre qui finira probablement par s’abattre sur eux au vu de leur situation budgétaire authentiquement catastrophique.""
Mais le défaut a surtout une autre conséquence : chez ceux qui possèdent la dette, à savoir les assurances vie, banques et fonds de pension anglo-saxon (les retraites des britanniques... aie ma retraite aussi !
) et globalement des investisseurs non résidents. Bien que personne ne sache actuellement (n'en déplaise à JM Six, l'agence France Trésor (AFT) ne peut pas identifier précisément les détenteurs de la dette française) qui possède la dette on peut savoir ou partent les intérêts, et donc on estime a 70% la part de la dette française détenue par des non-résidents. Comme par ailleurs on estime que 70% de la dette est détenue par 10% des ménages les plus riches, l'impacte ne serait pas vraiment dramatique pour monsieur tout-le-monde. Et l'Etat pourrait mettre en place un mécanisme de minimum garantit des retraites si besoin.
Où le défaut nous ramène à la crise bancaire
Mais le problème est
que si demain on a un défaut généralisé (ou même un défaut de quelques "gros" Etats européens) cela entrainera immédiatement une seconde crise bancaire (contagion suite à un
défaut grec par exemple). Mais cette fois ci, il ne faudra plus compter
sur les Etats qui croulent déjà sous les dettes. Seule la banque
centrale peut le faire. Et actuellement la banque centrale (sous la
pression allemande notamment) ne le veut pas. Or sans système bancaire,
on retourne au potager (voir plus haut).
Donc il faut qu'une banque
centrale (de l'Union Européenne, ou d'un groupe d'Etats si celle ci ne le veut pas) vienne retaper les banques mais cette fois ci moyennant une
refonte complète et radicale de toutes les structures bancaires et financières.
PS: au sujet du cadeau de Noël de la BCE de 489 milliards d'euros sous forme de prêts à taux d’ami, c’est-à-dire 1% sur 3 ans, cela rappellera les 700 milliards de dollars (environ 500 milliards d'euros) d'aides du plan Paulson de 2008. Mais cela jette aussi une lumière encore plus intéressante sur la révélation de Bloomberg au début du mois: entre 2007 et 2009, la banque centrale américaine, la Réserve fédérale, a mis sur la table... onze fois plus (7 770 milliards de dollars - "7,77 trillion", en anglais), pour sauver les banques de la faillite en leur prêtant de l'argent au taux de... 0.01%. En toute opacité, et sans que le Congres ne soit mis au courant (il a fallu que Bloomberg, associée à Fox news, poursuive en justice la Fed et Clearing House, une association de lobbying des banques, pour obtenir la publication des comptes détaillés). A lire en détail sur le site d’Arrêt su Images
Comme dit Anne Roumanoff: On ne nous dit pas tout !
PPS: Et si malgré tout vous pensez qu'on va finir pas s'en sortir grâce aux politiques menées, écoutez les commentaires d'Olivier Delamarche
Je conseille vivement les émissions de Daniel Mermet sur France Inter, Là bas s'y j'y suis, du lundi au vendredi de 15h à 16h, et notamment celles dont j'ai repris les passages pour l'écriture de ce billet :
http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=2267
http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=2326
La Grande Bretagne boutée hors d'Europe?
vonric | 11 décembre, 2011 17:03
Nick Clegg, le vice-Premier Ministre britannique s'est encore fait remarquer ce weekend en répondant aux questions de la BBC. Dans ce qui peut s'apparenter à un grand numéro d'équilibriste, il déclare être en complète union avec le Premier Ministre David Cameron qui a décidé, seul contre tous, de mettre son pays hors de la nouvelle avancée des règles Européennes. Mais Clegg déclare aussi que cette décision est mauvaise pour le pays. Rappelons ici que David Cameron a déclaré que les propositions du sommet de Bruxelles étaient contraires aux intérêts du pays. Donc du coté des Conservateurs être en dehors du nouveau "traité" est bon pour le pays, du coté des Libéraux Démocrates c'est mauvais pour le pays. Et bien sur on nous assure que la coalition Conservateurs-LibDems est unie dans la décision. Qui a dit du foutage de gueule ?
Je décrypte.
Le parti Conservateur a toujours été eurosceptique. La frange pro-européenne, représentée notamment par l'actuel ministre de la Justice (Lord Chancellor et Justice Secretary) Ken Clarke - un ancien "éléphant" du parti - est en perte de vitesse. Parmi les 306 députés du parti conservateurs, 80 se sont déjà rebellés il y a quelques semaines pour demander un référendum de sortie de l'Union Européenne. La pression était donc très forte sur le Premier Ministre conservateur David Cameron, littéralement menacé de perde son poste de leader du parti (et donc de Premier Ministre) s'il ne revenait pas de Bruxelles avec de fortes concessions dans sa besace. Jean Quatremer raconte sur son blog les demandes britanniques: "Cameron
voulait «créer une zone offshore au cœur de l’Europe» en s’exonérant de
la réglementation des marchés financiers, «alors qu’il défend par
ailleurs l’intégrité du marché unique». Gonflé. Tout le monde autour de
la table juge la demande anglaise « inacceptable ». « Il n’y avait rien à négocier en réalité » , raconte-t-on côté français". Il semble donc que la pression était si forte que Cameron avait décidé qu'il devait donner un gage aux eurosceptiques de son parti en allant au clash.
De l'autre coté, l'autre parti de la coalition, les LibDems, sont vus comme les plus europhiles du pays. Il est donc impensable pour un LibDem de se féliciter de tout retrait de l'UE, sous peine de perdre le peu de crédibilité qu'il leur reste (déjà bien entamé avec l'affaire des frais universitaires). Mais comme vous le savez dans les partis politiques il y a des hommes. Et (attention: généralité... je sais il y a quelques exceptions !) si les hommes politiques cherchaient l’intérêt du pays, cela se saurait. Donc afin de ne pas faire chuter la coalition (ce qui engendrerait de nouvelles élections - une catastrophe annoncée pour le parti LibDems qui perdrait probablement la plupart de ses députés, et peut être notamment Nick Clegg et Danny Alexander, les deux actuels hommes forts de l'alliance avec les conservateurs) il faut se déclarer solidaire.
L’intérêt du pays on verra plus tard. Nick Clegg a beau jeu de se justifier en déclarant que "les français et les allemand étaient intransigeants". Apparemment pas pour les autres pays de l'Union, qui ont finallement décidé à 26 contre 1 de rallier l'accord.
David Cameron aura donc réussit à faire ce que Margareth Thatcher n'a jamais voulut faire : rester en marge de l'ensemble. Même les alliés habituels de l'Angleterre (les Hongrois par exemple, les Polonais,...) ont finalement décidé de laisser les anglais seuls dans leur isolement.
Le Général de Gaulle, qui refusa en son temps l'adhésion de l'Angleterre à la Communauté Européenne, disait : "La Grande Bretagne est une ile et a vocation à le rester". Il semble que la Grande Bretagne a fait aujourd'hui un pas dans la direction qui conduit vers la sortie de l'Union Européenne. Rappelons que depuis le traité de Lisbonne, il est prévu pour un Etat de se mettre en congé de l'Union. Un référendum sur la sortie de l'UE est de plus en plus probable en Grande Bretagne, et vu l'opinion actuelle relayée par la presse de caniveau, la réponse devrait être Non pour rester/Oui pour partir.
L'Anglais de base parait être un grand nostalgique de son Empire passé. Et de son lien qu'il pense privilégié avec les Etats Unis. Le problème c'est que l'Empire n'existe plus, et que les américains se moquent pas mal de la seule Angleterre. Mais personne ne semble avoir le courage de le dire à notre anglais de base : ni la presse, ni le politique !
Tout ça finira mal. Tout indique que la politique actuel du gouvernement britannique est dans la mauvaise direction, mais celui ci continue dans sa lancée. Que dites vous ? Il n'y a que les cons qui ne changent pas d'avis ? Vous ne croyez pas si bien dire.
Le grand écart des salaires
vonric | 04 décembre, 2011 13:33
Dans ma série foutage de gueule les salaires du patronat, je suis tombé sur l'émission Là bas si j'y suis (une rediffusion de 2007) avec Frédéric Lordon et Serge Halimi.
Le premier signale la montée (que dis-je, la croissance exponentielle, vertigineuse...) de rémunération des patrons français, en partant de l'exemple de Jacques Calvet dont le Canard Enchainé révélait en 1989(au moment de la grève des ouvriers Peugeot) qu'il gagnait 100 000 francs/mois (à la louche donc, 1 200 000 F/an). Un montant qui semblait disproportionné à l'époque, mais qui fit vite figure de cacahouète, d’aumône misérable. En 1995, Christophe Bon, le patron de Carrefour part avec un parachute doré de 20 millions de francs. En 1999, Philippe Jaffré qui a vu son entreprise Elf avalée et désossée par Total, part avec 200 millions de francs. En 2005, 2006, 2007 on reste dans les centaines de millions, mais on passe du franc en euros, soit un bon de 6 fois !
Serge Halimi souligne que c'est le double discours de la concurrence qui justifie ces écarts de rémunérations : Les patrons français expliquent qu'ils ne peuvent pas être moins payés que les patrons américains et au même moment les mêmes patrons expliquent à leurs employés qu'ils ne peuvent pas être plus payés que les ouvriers chinois ou vietnamiens.
Frédéric Lordon ajoute que face à cette redistribution des revenus incroyablement polarisée et le spectacle d'un enrichissement d'un tout petit nombre au regard de la détérioration de l'existence du plus grand nombre, la société capitaliste a de plus en plus de mal à assumer. Elle ne tient plus qu'avec: "TF1, la Police et du Lexomille".
A part ça tout va bien. Ah non, il va falloir faire des efforts, de gros efforts... car ça suffit maintenant d'abuser en s’arrêtant de travailler lorsqu'on est malade, de vouloir partir à la retraite décemment, de profiter du RSA pour s'enrichir sans vouloir bosser !
Suicide ?
vonric | 03 novembre, 2011 17:35
"Le gouvernement grec, à bout de souffle, vient de choisir le suicide politique" écrit Autueil. "La Grèce gagnée par la folie" lance la journaliste du journal de 13h de France Inter.
Mais oui, ce sont des malaaaaaaaaaaades !
Pouce, on peut arrêter de dire des conneries ? Bon je passe sur le fait que la Grèce ne peut pas faire faillite, contrairement à ce que répètent à longueur de temps journalistes et politiques : la faillite c'est quand on saisit vos biens ; or on ne peut pas saisir l'Acropole (ou alors il faut une guerre !). Par contre oui, ils peuvent faire défaut. En fait ils font déjà défaut, c'est à dire qu'ils ne payent plus leur dette.
Tout le reste, ces ronds de jambe autour du vocabulaire : presque faillite, défaut théorique... c'est tout simplement pour parce que s'il y a officiellement défaut, alors les garanties de prêts se mettent en œuvre, les fameux CDS (Credit Default Swap) qui "assurent les prêts". Et les fonds de pension, les Hedge Funds anglo-saxon qui les possèdent empochent l'argent. Des milliards... bingo les fonds spéculatifs. Donc surtout ne pas prononcer le mot !
Bon par ailleurs, j'aimerais qu'on m'explique comment un membre de l'euro fait de façon pratique pour changer de monnaie et quitter la zone. Merci d'expliquer:
Ce soir Europe 1 Soir interrogeait des "experts" sur ce qui se passerait "si" la Grèce sortait de l'euro. 15 minutes... et on n'en sait pas plus. Il faut 2 semaines pour imprimer des billets dit l'un ... sans expliquer ce qui se passe entre temps ? Il faudra l'armée dit l'autre... sans dire pour faire quoi ? Les grecs vont retirer leur argent en euro et le garder dans des valises ou le mettre a l’étranger... et donc ça veut dire qu'ils continueront à avoir des euros (enfin, pour les riches!) ? On a déjà deux exemples de pays qui ont décroché une parité : l'Argentine et la Corée... sauf que ces pays ont "simplement" décidé à minuit de ne plus être rattachés au dollar, et n'ont pas eu à changer les billets...
Bref ce n'est jamais arrivé, on ne sait pas faire !
Donc on arrête de nous raconter que la Grèce va/peut sortir de l'euro, etc.... sans dire COMMENT !
Par ailleurs je lis sur le blog de Jean Quatremer "Si référendum il y a en Grèce, il portera sur l’appartenance ou non du pays à l’euro et donc à l’Union européenne, les deux étant liés". On prend les paris ? Son immense expérience du domaine communautaire ne l’empêche pas d'écrire une bêtise. Oui, bien sur en théorie il a raison, c'est dans le traité de Maastricht (l'adoption de l'euro est une finalité pour tous sauf le Royaume Uni et le Danemark qui ont une clause exemptoire). Mais c'est tellement obligatoire que la Suède viole cette clause du traité. De la même façon que la
France qui ne respecte pas le traité sur les règles de déficit viole
le traité...
Bref, les gouvernements sont coupables avec l'euro d'avoir mis la
charrue avant les bœufs. Et au lieu d'acculer les Grecs aujourd'hui, il
serait de bon ton de réfléchir en urgence à une gouvernance Européenne.
Certains avaient dit il y a 18 mois : la question n'est pas de savoir si la Grèce va faire défaut, mais quand (cf Lordon par exemple dès mai 2010). Et on faisait quoi il y a 18 mois lorsqu'il était encore temps de sauver le bébé avec l'eau du bain ? Rien ! Non non la Grèce ne fera jamais défaut, pas possible. Circulez y'a rien à voir. Hop tout va bien on leur donne un peu d'argent et on repart comme en 40 !
Et je ne parle même pas de l'arrogance de Merkel et Sarkozy qui convoquent une conférence de presse pour parler de la Grèce, en laissant le Premier Ministre Grec à la porte de la salle de conférence. VGE, interviewé sur France Info, dit: "Il semble que Papandréou avait prévenu certains dirigeants européens ou
les dirigeants européens qu’il pensait faire un référendum. Il n’avait
simplement pas indiqué la date à laquelle il annoncerait cette mesure.
Donc, ça c’est un problème qui est tout à fait secondaire et qu’il ne
faut pas placer dans le débat". Bref, la solution de Merozy, c'est d'humilier le peuple grec au lieu de le soutenir.
Oui il doivent faire des efforts, mais tout le monde est coupable dans l'histoire : les Grecs d'avoir trop dépensé, les banques d'avoir fermé les yeux, les autres pays d'avoir tergiversé pendant 18 mois.
Il y a d'ailleurs un très bon interview de Jean Pisani-Ferry sur Le Monde là dessus. Quelques extraits de questions/réponses qui vont dans le sens de ce que j'indiquais plus haut
La Grèce peut-elle sortir de l'euro ?
Rien ne prévoit cette possibilité. Mais tout est toujours possible. [...]
Quelles seraient les conséquences d'un rejet par les Grecs de l'euro ?
[...] Avant même une sortie, d'ailleurs, les ménages retireraient leur épargne des banques et celles-ci placeraient toutes leurs liquidités à l'étranger. Ces comportements de précaution ont d'ailleurs déjà commencé, ils vont s'accélérer dans les semaines qui viennent.
Quelles ont été les erreurs des Européens ?
D'abord d'avoir retardé l'allégement de la dette grecque. On aurait dû négocier une décote de cette dette début 2011, ne serait-ce que pour récompenser la Grèce des efforts budgétaires considérables qu'elle a consentis en 2010.
L'accord du 21 juillet 2011 prévoyait quand même une décote de 21 % de la dette grecque détenue par les banques...
Le lobby bancaire avait utilisé un taux d'actualisation (qui permet d'évaluer aujourd'hui la valeur future de la dette) très élevé qui intégrait le risque de défaut de la Grèce. Si l'on refait le calcul avec un taux plus réaliste, la décote est en fait inférieure à 10 %. [...]
Qu'aurait-on pu faire ?
Fin 2010, les fonds structurels de l'UE destinés à la Grèce pour la période 2011- 2013 mais pas encore engagés représentaient 7 points de PIB. On aurait pu les réallouer au soutien de la croissance et de la compétitivité. [...]
Pourquoi tant de temps ?
Les Européens ont mis trop de temps à admettre la nécessité d'une assistance, à reconnaître que fournir cette assistance à des taux d'intérêt punitifs aggravait le problème plutôt que de le résoudre, et à accepter que la Grèce était insolvable.
Je serais Grec devant un référendum, je ferais comme les Islandais: NON.
Je pourrais pleurer de tant de bêtise des dirigeants européens. Je choisis d'en rire. Quoique.
MIS A JOUR 8/11/2011 : en fait il existe un cas supplémentaire en plus de la Corée et de l'Argentine: l'Ukraine. Un ami m'expliquait hier ce qu'on peut faire pour la Grèce, sur le modèle de l'Ukraine: on imprime en secret des billets. Pendant ce temps on décide qu'a partir de tout de suite, il est impossible de retirer plus de 50 EUR par semaine a la banque. Le reste est bloqué (d'où peut être l'appel à l'armée). Et lorsqu'on est prêt, on convertit les comptes dans la nouvelle monnaie. Voila... et ça reste en vigueur en Ukraine il parait. Mais cet ami ajoute qu'il serait Grec, il retirerait dès maintenant tout son argent...
Ce sont toujours les méchants qui gagnent
vonric | 16 octobre, 2011 11:18
Le club des "indignés-mais-aussi-révoltés-et-blasés" grandit. Accueillons aujourd'hui Vinvin sur un registre plus personnel peut-être mais que je rejoins tout à fait (et auquel je reprends le titre, mais sans point d'interrogation). Il écrit ainsi :
"Et si je disais à mon fils d’en croquer lui aussi ? Vas-y mon garçon,
fais tout pour avoir des bonnes notes ; si tu peux copier, copie !
Repère les bons élèves et demande-leur de faire tes devoirs. Sois le
premier dans chaque file d’attente et ne t’occupe pas des plus faibles,
ce sont des raclures et des losers. Oui mon fils, si on te frappe sur la
joue gauche, tend le genou droit et vise les couilles. Eclate-toi,
choppe des meufs, ne tombe pas amoureux ça ne sert à rien, et surtout
prend du bon temps parce que la vie est courte et qu’on va tous crever.
Si tu le fais pas, d’autres le feront ; alors fais des études pour
gagner du fric. Ne suis pas tes passions ; les passions, ça ne paie pas.
Chie sur tes potes et tu seras un homme, mon fils."
Aller lire ce qui précède et ce qui suit directement sur le billet de son blog.
Le futur du téléphone portable
vonric | 09 octobre, 2011 11:07
Après une série de 3 articles (ici, là et pour finir ici) qui laisse un gout amer dans la bouche, je propose une pose cette semaine (mais rassurez-vous on reprend la rage la semaine prochaine
).
Je suis tombé sur cette vidéo (ils sont forts ces canadiens !) annonçant une "avancée" dans la technologie des smartphones :
Les émeutes de Londres, suite et fin
vonric | 02 octobre, 2011 10:55
Je termine ici ma série sur les émeutes en Angleterre. J'ai déjà parlé de ma vision des pillages et de la gestion ainsi que des possibles causes de ces évènements. Penchons nous ici sur les suites qui ont été données par les autorités britanniques.
Justice ou politique populisme ?
Depuis début aout c'est la chasse aux pilleurs. Fort de leur réseau de caméras de surveillance (le plus grand nombre en Europe) les Anglais diffusent les photos et appellent à la dénonciation (£1000 de prime !) [1]. Je participe personnellement à la chasse, donc n'hésitez pas à dire si vous reconnaissez l'ignoble individu ci dessous:
Mais ce qui frappe le plus est l'hétérogénéité des peines infligées pour
les individus arrêtés. On voit ici un homme condamné à 6 mois de prison
pour avoir "volé" [2] un pack de
bouteilles d'eau. A supposer qu'avec les réductions de peine il fasse 3
mois, quel impact ? Il va donc être en univers carcéral, au contact de
chefs de gangs, voleurs multi-récidivistes, gangsters ayant fait usage
d'une arme à feu, violeurs... Qui pense même une seconde que cela lui
sera profitable, lui mettra du plomb dans la cervelle et il va apprendre
à ne plus recommencer ? Peut être ceux qui imaginent la prison en
cellule individuelle, avec télé et matelas confortable? Peut être ceux
ci devraient revoir les témoignages des innocents d'Outreaux incarcérés, et dont l'un s'est d'ailleurs suicidé en prison ? Justice ?
Que penser du jeune de 11 ans, devant le tribunal pour avoir volé une poubelle (oui,
un poubelle... vaut vraiment avoir de drôles d’idées ; idée de
plaidoirie: manque de discernement - absence d’échelle de valeurs). Le juge le condamne à 18 mois de camps de rééducation, non sans lui avoir dit: "vous avez de la chance d’être trop jeune, votre place est en prison".
Oui vraiment pas de chance, à 3 ans près le juge aurait pu le mettre en
taule pour vole de poubelle ! La prison c'est super cool. L'adolescent
se gardera surement d’être influencé, de rencontrer des
violeurs-pilleurs-chefs-de-gangs-multi-récidivistes. Justice ?
Que penser des 2 jeunes (écervelés) qui font les malins idiots sur Facebook et appellent à piller un quartier de leur ville.
Celle-ci restera aussi calme que d'habitude, mais ceux là se verront
condamner à 4 ans de prison ! Au lieu d'écrire un message de 3 lignes
avec des fôtes d'orthographe sur Internet, ils auraient mieux fait de
braquer un commerce avec un revolver, ou d'attaquer une petite vieille
pour lui piquer ses économies, ou de violer et casser... c'est la même
peine. Par contre dans le tribunal d'à coté, un autre jeune avait fait
la même chose, mais a été condamné à s'excuser devant les commerçants.
Justice ? (certains Anglais trouvent que 4 ans pour un message sur Internet, c'est une peine trop légère !).
Que penser de ce que relate le journal l'Humanité, parlant d'un jeune qui doit passer des examens universitaires dans 2 semaines,
n'ayant jamais eu affaire avec la police, dont aucun pillage n'a été
retrouvé sur lui, pourtant emprisonné en attente de jugement ? Il est
accusé d'"intention de vol". C'est Minority Report avant l'heure (finalement Bush aurait eu raison, ce ne sont pas les faits qui comptent, mais l'intention de Saddam Hussein).
Que dire de la femme, mère de 2 enfants, qui accepte un T-shirt le
lendemain, et qui se révèle provenir d'un pillage, condamnée à 5 mois de
prison pour recèle ? Qui pense que cela va être bénéfique pour les
enfants (si oui, merci d'expliquer en quoi en commentaires)? Que bien sur
ensuite il sera facile pour tout le monde de reprendre une vie droite
et honnête, avec travail et logement, sans soucis ? Justice ?
Il parait évident que la plupart de ces peines seront cassées en
cours d'appel (mais je pense qu'on peut raisonnablement s'inquiéter
qu'elles aient même été énoncées). D'ailleurs cette dernière peine a été cassée en appel (gageons que c'est la première d'une longue liste), le juge d'appel condamnant cette mère de famille à 75 heures de travail d’intérêt général. Tout en critiquant le verdict précédent, le juge a ajouté: "Je suis sur que la court n'entendra plus parler de vous. Partez maintenant et occupez vous de vos enfants". Une sage décision qui devrait en inspirer plus d'un.
La BBC explique
que d'habitude les juges possèdent des guides et avis sur les
condamnations possibles. Or, ici les politiques ont mis la pression et
les jugements ont été rendus dans la précipitation. La BBC cite deux
cas : dans les deux, l'individu impliqué a plaidé coupable. L'un avait volé 2
T-shirts pour £60, le deuxième £3.50 de bouteilles d'eau. Le premier a
été condamné par un tribunal à 1 jour de prison. Le deuxième à 6 mois.
Comme toujours cela confirme l'adage : si vous escroquez, escroquez gros.
Les traders qui ont reçu des millions avant de mettre l'économie
mondiale à genou n'ont pas été inquiétés.
Autre exemple dans le
même article : un homme ayant volé un TV écran plat (plaidant coupable) a
été condamné à 18 mois de prison. Son crime le plus grave : avoir volé
pendant les émeutes. En toute autre période, sa sanction aurait été une
période de travaux d’intérêt général.[4]
Certains anglais m'ont dit
que le fait que cela se passe pendant des circonstances spéciales (les
émeutes) justifie cette sévérité. Je ne sais toujours pas s'ils ont entendu parler du principe d'égalité devant la peine (si on tue son voisin pendant une
émeute, est-ce plus grave que de le tuer de sang-froid le mois d'avant
?).
Richard Littlejohn, journaliste au Daily Mail, est en complet accord et propose même une solution pour se débarrasser de la "meute des orphelins sauvages qui hante les quartiers déshérités" : "les tuer à coups de gourdin, comme des bébés phoques" (clubbing these looters like baby seals, which is what they deserved). C'est un journaliste qui écrit cela dans un journal qui publie à 1 million d'exemplaires !
Vous êtes riches vous avez une amende, vous êtes pauvre, votre famille est, en plus, virée de chez elle
Le borough de Wandsworth, Conservateur, a été le premier à réagir. Deux jours après les émeutes pillages, ils ont annoncé fièrement avoir envoyé un avis d'expulsion
à la mère de famille vivant dans un Council house (HLM) dont le fils a
été convoqué devant le justice suite aux émeutes. Cette mère de famille a
43 ans et élève seule une fille de 8 ans. Son fils ainé de 18 ans (et
donc majeur, indépendant et responsable de ses actes) loge aussi dans
l'appartement (l'affaire est aussi citée par Le Monde).
Donc nous avons ici un cas simple. Un individu majeur et responsable est accusé (non encore condamné - donc jusqu'ici devant être considéré comme innocent). Sa famille non impliquée dans les évènements est donc sanctionnée ! Normal ! Les pauvres doivent être doublement sanctionnés. Justice ?
Figurez vous que lors d'un diner en ville, j'ai pu voir un ami
déclarer que c'est justice : le Council aurait tout à fait le droit de
virer n'importe quel locataire qui ne lui plait pas, comme le fait un
propriétaire privé. Nous, citoyens, leurs faisons un faveur en
subventionnant avec nos impôts leur logement. Ils n'ont qu'à bien se
tenir, ces chanceux ! Je passe sur le fait que non, un propriétaire
privé ne peut pas virer un locataire parce qu'il a un bouton sur le nez.
En Angleterre le bail est signé pour une période et aucune des parties
ne peut le briser (breaking clause) sous peine de dommages.
Signalons aussi bien sur que si le bailleur ne fait l'objet d'aucune
condamnation, je vois mal comment on pourrait arguer de ce fait pour une
éviction. Par ailleurs, qu'est ce que cet argument de chanceux ? Au
siècle dernier la société s'est rendu compte que sans mixité sociale,
sans services publiques, celle ci éclatait. Et qu'au contraire c'est
avec des politiques de santé, d'éducation, de logement, que celle ci
progressait. Ce n'est pas une faveur, mais bien les intérêts de chacun
bien compris !
Pour revenir au cas de la mère sous menace d'expulsion (l'affaire sera
décidée au tribunal - parions que toute cette stupide histoire sera
annulée par le tribunal), il est choquant de voir que non seulement les
médias sont avisés par les autorités avant même que la famille ait reçu
l'avis, mais aussi que certains politiques jugent légitimes les
punitions collectives [3].
Justice ?
Bien sur je ne me vois pas piller, ou casser. N’empêche que j'arrive à
me sentir à la place des gens. C'est comme ça. Et toujours penser : cela
peut vous arriver. Oh, peut être pas la même chose exactement,
l'histoire ne se répète pas à l'identique. Tiens, il y a quelques
semaine une amie me fait part de son terrible embarras : elle a pris sa
fille de 3 ans piquant une balle dans le magasin de jouets du quartier.
Retour au magasin pour s'excuser et rendre l'objet. La vendeuse a ri.
Est ce que la mère ne devrait pas aller en prison ? Non, Caro est cool,
c'est pas la même chose. C'est marrant comme certains voient les choses
différemment lorsqu'ils ne connaissent pas les individus concernés.
Avant de conclure, s'il vous plait, prenez 36 minutes de votre temps et regardez ce témoignage. Si vraiment vous ne pouvez pas vous arrêter 30 minutes (vous avez tort), allez directement visionner les 3 dernières minutes (-> 33-36 min) pour voir les conséquences sur un jeune adolescent.
Peut être faudrait-il expliquer à quoi sert la prison ? L'objet
est-il d'enfermer ceux qui seraient dangereux pour la société ou
d'éduquer. Toutes les analyses ont montré depuis longtemps que si le but
est la seconde proposition, la prison est le pire des systèmes.
BREAKING NEWS: un nouveau rapport montre que les jeunes envoyés en prison ont plus de chance de former de nouveau gangs et de se radicaliser en criminalité. Etonnant, non ?
[1] La dénonciation a reçu un
rude coup (peut être pas fatal - la mémoire s'estompe) en France depuis
la seconde guerre mondiale et la période d'occupation. Les Anglais n'ont
pas vécu la même chose et n'ont donc pas la même réaction.
[2] Il voulait peut être payer : le magasin était ouvert défoncé mais il n'y avait personne.
[3] Comme me le rappelle un
Anglais à la retraite (dont l'age, loin de faire perdre la mémoire, lui
permet de se souvenir d'heures sombres de l'histoire) on a déjà connu
cela dans les années 1940-45.
[4] Il y a deux ans, un parlementaire britannique a été reconnu coupable d'avoir abusé des notes de frais pour s'octroyer deux téléviseurs écran plat de £750 chacun (donc détournement à des fins personnelles de l'argent du contribuable) pour sa maison de campagne. Il a été condamné à... rendre l'argent. Justice ? (il est vrai qu'il n'avait pas fait d'émeute pour ça ! )
Je rappelle en quelques chiffres l'exemple donné par les dirigeants politiques Britanniques (ceux qui demandent des peines exemplaires contre les pilleurs) lors du scandale des notes de frais (2009) : 389 députés ont été accusés d'avoir abusé du système (par exemple en demandant des remboursements de prêts immobiliers qui n'existaient plus, ou pour un pied à terre/deuxième appartement à 10 km seulement de leur résidence principale, ou encore pour demander les remboursements de loyers d'un logement déjà vendu = clairement des fraudes) et auxquels on a demandé de rendre l'argent (total £1,1 million). Seuls 7 députés et 4 Lords ont du répondre devant la justice ou ont été suspendus du parlement. Un seul a été condamné à 18 mois de prison et relâché après en avoir effectué 4.
Je vous conseille aussi de ré-écouter l'émission de France Inter consacrée aux emeutes de Londres, ici.
Et oui, j'ai la rage devant la bétise humaine.
Les émeutes de Londres, suite
vonric | 25 septembre, 2011 10:14
J'ai raconté la semaine dernière la façon dont j'avais observé les "émeutes". Les pillages en fait, car lorsque je regarde les vidéos, qu'ici le journaliste interroge les pilleurs en plein travail, n'hésitant pas à les provoquer ("tu es fier de ce que tu fais ?" ), les nombreux passants qui rentrent chez eux, les observateurs qui prennent photos et vidéos, on a plus l'impression d’être au spectacle que dans une ville en guerre, en feu comme je lirai les jours suivants dans les gros titres des tabloïds et même des journaux dits "sérieux" (vous noterez le gars en T-shirt orange prenant des photos sur l'illustration du journal - c'est bizarre, mais je vois la guerre autrement, et vous ?...).
Des pillages ciblés
Sur Twitter j'ai pu lire "le seul magasin épargné est la librairie ; ça veut tout dire". C'est amusant mais faux. En fait de nombreux magasins n'ont pas été touchés : la librairie en effet, mais aussi les supermarchés Waitrose et Marks&Spencer ainsi que le magasin de fournitures papiers-scolaires-art, l'hypermarché Asda a eu une vitre brisée, la boutique de cuisine de Jamie Oliver fut marquée d'un éclat sur le devanture...etc.
En fait les cibles principales furent (dans un rayon de 300 m):
- les magasins de portables et électronique (Orange, T-Mobile, Phone-House, Curry)
- les magasins de vêtements (Debenhams, chaussures de sports...etc)
Dans la foulée les vitrines des banques ont été brisées, les caisse de quelques magasins tels que coiffeurs, KFC et Burger King local piquées).
Je reconnais volontiers qu'il m'est difficile de pleurer sur les chaines : les banques, mobile-shop, Starbucks et Pizza-Express, Debenhams avaient leur vitrine remise en état dans les 2 jours. Les employés ont continué a être payé. Les magasins ré-achalandés immédiatement. Elles n'ont pas de problème de trésorerie pour remonter la boutique et continuer le business-as-usual.
Il en est différemment des petits commerces locaux : le magasin de farces et attrapes a brulé et ne rouvrira pas avant 6 mois au plus tôt. Le magasin d'équipement électro-ménager (quelle idée de piquer une gazinière tout de même !) est toujours vide. L'argent de l'assurance de parviendra pas avant plusieurs semaines, voir plusieurs mois. En attendant le business est fermé et la paye ne rentre plus.
La faillite des forces de l'ordre
Disclaimer: je n'étais pas dans le nord de Londres, je n'étais pas à Peckham, ni Croydon, ni Liverpool ou Manchester où certaines émeutes ont eu lieu. Mais je n'ai entendu personne dire que ce qui s'est passé près de chez moi était différent du reste. Or qu'ai-je vu ? Des émeutes ? Non, des pillages. La fête du "servez-vous", personne ne vous dérangera.
La police ? Les témoignages directs parlent de policiers locaux barricadés dans leurs locaux. La plupart des effectifs auraient été envoyés dans d'autres endroits de Londres (alors que j'apprends hier que dès l’après midi il y avait des sources qui annonçaient de façon répétées que quelque chose allait avoir lieu ici ou pas loin - voir l'audition ici, aller vers 12h41). Une troupe d'une dizaines de policiers avec casques et boucliers est envoyée vers 20-21h, mais la consigne est de ne pas bouger. Il faudra attendre minuit passé (minuit 42 à ma montre) pour voir des forces anti-émeute, alors que tout est finit depuis plus d'1 heure. Un plaisanterie.
Les pompiers ? Je cherche encore à comprendre pourquoi ils interviennent si tard lors du feu ravageant le magasin (voir vidéo ici: on ne voit personne intervenir !). Unique hypothèse : ils ont aussi été appelés ailleurs.
Sans cette impunité, qui peut penser que pendant 5 heures (oui, de 19h à minuit) les rues du centre ville seraient devenues un terrain de jeu. Comment un incendie se serait-il déclenché à 23h si depuis 4 heures il n'y avait pas eu absence totale d'autorité ?
Mais aussi peut-on observer : alors que durant 5 heures c'est "no-limit", on ne sent pas le danger. Un voisin sort promener son chien, les passants prennent des photos, filment avec leurs portables et mettent presque directement en ligne sur Internet, tweetent. Quelques coups ici et là, mais pas de blessés (en comparaison il y a eu échange de coups de feu et deux blessés il y a 10 jours non loin, je ne sais pas encore pourquoi).
Pas de justification mais quelques explications
J'ai déjà rédigé un billet là dessus, le lendemain des évènements. Pour résumer je peux trouver trois explications:
- Depuis 3 ans les médias expliquent en gros
que les riches ont pété les plombs, que pour sauver les
traders qui roulent en Porsche et gagnent en 1 journée le salaire d'1 an
du citoyen moyen, l'Etat doit mettre la main à la poche (il parait que c'est pour notre bien).
- Que maintenant il faut arrêter de dépenser à tord et à travers et donc c'est encore une fois les classes moyennes et pauvres qui doivent passer à la caisse : 500 000 chômeurs en plus (on licencie des
fonctionnaires) ; suppression ou diminution des allocations ; moins de
services publiques, on ferme des bibliothèques, surtout dans les
quartiers défavorisés ; on augmente les droits pour les études...
(dans le quartier = tentative de fermer la bibliothèque du quartier le plus déshérité du Borough, tentative de faire payer l'entrée de l'air de jeu réservée aux 8-14 ans).
- L'été. Il faisait beau, pas d'écoles, des semaines passées à tourner en rond dans son petit logement. Les copains qui font ça. Le sentiment de participer à quelque chose.
Bref le sentiment que de toute façon l'avenir est bouché et qu'il n'y a pas grand chose à perdre.
En 20 ans, l'Angleterre a perdu ses industries. Le phénomène initié par Margareth Thatcher (mais aussi poursuivit par le gouvernement Labour) a transformé le pays en société de services. C'est plus facile, moins de mouvements sociaux. Mais l'autre conséquence est dramatique : de nombreux jeunes sans qualification avaient un avenir tracé il y a 30 ans : on commence à l'usine, avec l'encadrement du groupe, la possibilité de monter dans l'entreprise avec les années. Maintenant ? Rien. Pas de perspective. Quels exemples pour les enfants dont les parents sont au chômage, les familles éclatées dont les membres vivent (survivent - car il n'y a que les démagogues politiques qui n'y connaissent rien qui parlent de familles de 5 enfants avec 4 télés et une belle vie oisive) avec les aides sociales ?
La réponse devrait être politique. Proposer une alternative. Mais je ne vois rien que le soleil qui poudroie et l'herbe qui verdoie...
Suite et fin la semaine prochaine.
Les émeutes de Londres
vonric | 18 septembre, 2011 10:11
Voilà. Pour moi il est 15h20, samedi après-midi. J'ai longtemps repoussé l'écriture du billet. Peut être travaille-je (comme ça se dit ce truc !) mieux sous la pression ? Bref, comme c'est sur ma liste de A FAIRE (bon en fait c'est nommé TODO, je vous laisse deviner pourquoi) il faut bien s'y mettre. En plus il fait gris, y'a rien à la télé (mais de toute façon je n'ai pas de télé ) et je viens de lire les tweets sur Internet, donc ça c'est fait... Alors c'était quand déjà (oui, il parait que tout le monde est passé à autre chose maintenant). Lundi 8 aout. Troisième jour "d'émeutes" sur Londres.
Au cœur des émeutes pillages
Attendez, je me rappelle. Il était environ 21h. Direction le lit. Et puis tiens, un DVD sous le bras, ça devrait le faire. Un des problèmes de la chambre, c'est que - bien que dans une rue calme - le fenêtre donne en face de la rue principale à 100 mètres. Et il y a pas mal de bruit de voix. Je suis curieux (si, si) et donc je jette un œil... et je descends au salon, on verra mieux. Une dizaine de personnes dans la rue, la moitié tournant en rond sur leur VTT, globalement habillés de gilets à capuche. Deux groupe (des spectateurs ?) regardant au coin de la grande rue. On entend des bruits de glace brisée. Mais que se passe-t'il ?
Un petit coup sur l'ordinateur de la pièce voisine, connexion sur le site de BBC News. Reportage en continue sur Croydon (10 km au sud de Londres) où un groupe d'immeubles est en feu. 10 minutes là dessus. 20 minutes. Sur le bandeau du bas de l'écran défile une news sur des émeutes dans mon coin, mais rien de plus. Il faut comprendre, rien ne brule, c'est pas télé-génique ! Ah sur YouTube on trouve des vidéos postées par un reporter de SkyNews sur place. Ouch, ça chauffe (quoique: le journaliste est tranquille au milieux des pilleurs à essayer de les interviewer !).
Retour à la fenêtre. Je me tâte, je vais peut être me rhabiller pour aller voir dehors ? Il est 22h. Tiens un groupe de 3 filles s’arrête devant ma porte, histoire de se répartir (et surtout enlever le packaging) des sacs qu'elles ont piqués. C'est tranquille. Bon enfant. Il me semble que les jeunes viennent dans la rue pour souffler un peu, texter téléphoner plus au calme à leurs amis. Et ne pas oublier de remettre son masque et sa capuche avant d'y retourner. Là une voiture s’arrête, deux gars sortent, ouvrent le coffre, et courent dans un coin récupérer des écrans plats de télé qu'ils avaient stockés. 30 secondes plus tard il sont partis. J'ai envie de rire.
23h. C'est plus calme. Un gros groupe s'est rassemblé devant le grand supermarché, mais finalement laissent tomber. Un voisin promène son chien. Finalement tout au long de la soirée j'ai vu pas mal de passants, de curieux, peut être aussi des pilleurs qui se reposent, va savoir.
Minuit. Ah, pour la première fois je vois des policiers. Une dizaine dans le grande rue en ligne. Hop il avancent au trot. Dans ma rue, un groupe de 3 filles et 2 gars (15-16 ans?), tous avec de gros sacs sur l'épaule, regardent en fumant. Hop la ligne des policiers - qui reculent - ré-apparait. Les jeunes regardent.
Maintenant la rue est très calme. Il y a bizarrement une grosse fumée dans l'artère principale. J’apprendrai le lendemain que la boutique de farce et attrapes a brulé.
00h42: il y a deux camions des forces anti-émeutes dans ma rue. Le quartier est très calme. Je vais dormir.
La suite la semaine prochaine...
Pas le temps 3
vonric | 11 septembre, 2011 15:24
Je n'ai toujours pas le temps (j'ai un billet long comme ça sur les "émeutes" à Londres pour bientôt) mais comme certains s’inquiètent de savoir si je suis toujours en vie, je publie donc un billet léger (quoique!) ce dimanche.
J'ai découvert dernièrement un nouveau panneau:
Interdiction de tourner à droite dans 185 yards (ou mètres c'est en gros pareil). Et une sorte d'explication en zigzag.
Sauf qu'au niveau de la route on voit bien que:
Car en effet, on peut tourner à droite. C'est même la raison pour laquelle le Council (en fait financé par un fond du gouvernement pour l'urbanisme) à dépensé £1,2 millions.
Peut être que le panneau veut tout simplement indiquer que pour tourner à droite, il faut se mettre sur la droite ? Je m'interroge encore, non seulement sur celui qui a dessiné le panneau, mais aussi sur ceux qui l'ont validé ? Ils fument quoi au Council ?
A moins que ce ne soit tout simplement de faire les panneaux les plus abscons possibles. Il y a une compétition la dessus apparemment lorsque vous voyez ce panneau :
Pour (tenter d' )expliquer ce qui va arriver au conducteur :
Les anglais semblent fans de ces trucs, puisque'on en voit un autre à Swindon.
Pas le temps 2
vonric | 04 septembre, 2011 12:50
Je poursuis donc aujourd'hui dans ma série je suis débordé je n'ai pas le temps. Heureusement ce weekend un des bloggueurs les plus connus du monde de France de la Mayenne me fait l'immense plaisir de me remplacer ici et de publier la note ci dessous. Bonne lecture !
C’est un vrai honneur que l’un des blogueurs les plus influents de la planète me fait aujourd’hui.
Trop occupé par ses affaires, il m’invite en Guest Star à écrire ce billet hebdomadaire. Difficile d’être à la hauteur, il faut trouver un sujet passionnant, je ne vais quand même pas parler maçonnerie, chats, ou autres balivernes, je vais alors tout simplement apporter un témoignage aux milliers de lecteurs de ce blog
Vous savez que Vonric fait un travail d’investigation très pointu sur les deux villes chères à son cœur Paris et Londres. Récemment, il a révélé l’arrivée du vélo londonien, rappelant à ses cinq chers lecteurs que le nombre de vols de Velib à Paris étaient croissants. Pour se spécialiser dans le "deux roue urbain", il a donc décidé de prendre son bâton de pèlerin et de faire le tour du monde afin de comparer les tarifs, les fonctions, le poids, l’esthétisme. Son périple a donc commencé à Laval en Mayenne et, je peux en témoigner, le 26 Juin 2011, devant une borne à Velitul, il a déclaré "Jeanne, sors ton ayephone".
NdVonric: Je rajoute quelques points:
-
Le billet où je parle des "Vélib'" de Londres est ici.
- Le périple n'a pas commencé à Laval (désolé pour ceux, très nombreux, qui seront déçus très certainement) mais à Séville en Espagne.
Et bien sur un grand merci à Jeanne pour ce coup de billet main
.
Vous trouverez aussi un article sur le sujet publié récemment sur le site d'expats hébergeant ce blog ici (attention: en anglais).
Pas le temps
vonric | 14 août, 2011 11:59
Bon, pour se reposer des jours précédents, voici un petit dessin du site xkcd.
[Dialogue: Est ce que tu viens au lit ? - Je ne peux pas, c'est important. - Quoi ? - Quelqu'un fait une erreur (raconte n'importe quoi) sur Internet.]
C'est du vécu. Pas pour vous ?
No excuse
vonric | 09 août, 2011 08:21
"Il n'y a pas d'excuse pour les pillages, la violence..." répète en boucle la ministre de l'intérieur britannique sur les chaines de télé. Pas d'excuses, mais peut être quelques explications.
D'abord une vue de la situation. Après la mort d'un jeune homme (accidentelle ou non, l’enquête de police devrait le dire) au nord de Londres la semaine dernière, la marche organisée s'est transformée en émeute dans le quartier de Tottenham. Le deuxième jour, la violence a débordé sur les quartiers nord d’à coté, et même dans un quartier populaire au sud de la capitale. Puis hier ce fut le tour du sud de Londres avec Croydon, Ealing, Battersea, Clapham... et au bout de ma rue.
Je dois dire que c'est assez impressionnant (voir les vidéos à la fin de ce billet). De 21h à 23h, la police semble complètement absente. Une vingtaine de policiers tentent de bloquer les alentours de la station. Dans ma rue, un peu en retrait, je vois surtout des voitures qui déposent des jeunes encapuchonnés. En fait la plupart des personnes qui circulent sont en capuches. On entend des bruits de glace brisée. Mais on voit aussi des spectateurs (des voisins ?). Le grand magasin Debenhams (une sorte de mini Galleries Lafayette) est pillé ... Vers 22h des filles de 15-16 ans se retrouvent dans ma rue pour faire le tri de leurs butin : une dizaine de sacs à main et autres fringues. Les gars s'orientent plutôt sur l’électronique. Une voiture s’arrête, ouvre le coffre et deux gars en capuche filent dans un coin de la rue où ils avaient apparemment caché quelques écrans plats.
La violence semble pour l'instant uniquement orientée sur les biens matériels. Je n'ai pas senti d'animosité envers les passants (sur la première vidéo vous voyez d'ailleurs que le journaliste ne prend aucun précaution pour interpeler les pilleurs, filmer et même les provoquer). Il y a de nombreux observateurs, des résidents. Pas de panique.
La plus grosse déception pour moi : ils ont brulé le magasin de farce et attrapes où je m'approvisionne pour les soirées déguisées
.
Bon sinon, plusieurs choses : la télévision a tendance à dramatiser les évènements, notamment dû à la concurrence entre BBC News et SkyNews. Le journaliste de SkyNews présent dans le quartier (le seul d'ailleurs, la BBC préférant filmer le feu à Croydon) interpelle : "Est ce que vous êtes fiers de ce que vous êtes en train de faire ?". Quelle réponse attend il ? Une fille lui lance : "On est en train de récupérer nos impôts". Immédiatement, les réactions sur Twitter pleuvent : "ridicule, ces gens là ne payent même pas d’impôts" (pas si con en fait, c'est oublier que tout le monde, y compris les plus pauvres, payent la TVA !)
Pas d'excuses, jamais. Mais quelques raisons. En premier lieu le fait que depuis 3 ans les médias expliquent en gros que les riches ont pété les plombs, que pour sauver la finance (oui, les traders qui rouent en Porsche et gagnent en 1 journée le salaire d'1 an du citoyen moyen) l'Etat doit mettre la main à la poche. Et que maintenant que cela va mieux pour les banques, celles ci se sont retournées sur les Etats qui les ont aidées, pour leur demander d’arrêter de dépenser à tord et à travers et de se serrer la ceinture. Qui paye ? Les pauvres : 500 000 chômeurs en plus (on licencie fonctionnaires) ; suppression ou diminution des allocations ; moins de services publiques, on ferme des bibliothèques, surtout dans les quartiers défavorisés ; on augmente les droits pour les études...
Ce matin, la réponse du ministre de l’intérieur: En ce moment des policiers regardent les caméras de surveillance, afin d'identifier les pilleurs, et ça va chauffer !... Oui oui oui : ceux que j'ai vu avaient des masques et des cagoules... elle se fout du monde ?
Lorsqu'en février j’expliquais que c'était là l'idéologie du gouvernement britannique, sur le refrain de "ça passe ou ça casse", je ne croyais pas si bien dire. Depuis quelques mois les signaux économiques virent au rouge : le FMI explique au début aout que la croissance anglaise sera inférieure aux prévisions du gouvernement, au mieux de 1.5%. Cinq jours plus tard la banque d'Angleterre prévoit même un chiffre de seulement 1.3% (en baisse de 0.5 points par rapport à leurs prévisions du printemps).
"Le ralentissement de la croissance au Royaume-Uni pourrait mettre les plans du chancelier de réduction du déficit en péril par une baisse des rendements de l’impôt et une augmentation des allocations de chômage. [...] La Banque a récemment averti que la crise de la zone euro pourrait avoir un impact sur le Royaume-Uni, en particulier concernant l'incertitude sur le niveau des prêts octroyés par les les banques anglaises aux pays comme la Grèce. Les inquiétudes sur les Etats-Unis et de l'économie mondiale pourrait également avoir un impact sur le Royaume-Uni."
Bad luck Mr Cameron ! Mais le premier ministre n'est pas à court d'excuses (car bien sur sa politique ne peut pas être en faute):
- cet hiver les mauvais chiffres de l'économie étaient dus à... la neige (si si, suivez le lien
)!
- au printemps, c'était la faute de... la pluie.
- fin avril début mai, la faute ... du mariage royal.
Nul doute que maintenant ce sera la faute des émeutiers...
La déconstruction de l'Etat
vonric | 01 août, 2011 07:19
La droite libérale des pays anglo-saxons (Républicains aux Etats Unis, Conservateurs au Royaume Uni) rêve du moins d'Etat. Les années 80 ont vu nombre de théories néo-libérales à l'épreuve des faits avec Reagan qui abaissa drastiquement les impôts américains, et bien sur "Maggie" Thatcher en Angleterre.
Chacun se souviendra encore de la privatisation du rail britannique à la fin du siècle précédent et des conséquences dramatiques (en terme de financement, d'infrastructures ...et de vies humaines) que cela provoqua. A tel point que les Tory britannique ont tout de même reconnu quelques erreurs il y a quelques années, et ne parlent plus (pour le moment) de la re-privatisation de Network Rail (le réseau ferré ) re-nationalisé en catastrophe par le gouvernement Labour alors qu'il menaçait de déposer le bilan.
La nouvelle étape a peut être été marqué par la privatisation de l'Education. Deux concepts s'affrontent ici: ceux qui pensent que les jeunes étant l'avenir de la société, celle ci doit subvenir aux structures qui permettent à cette masse de se développer et d'enrichir le bien commun. Les autres pensent que chacun sa merde, et que ceux qui veulent faire des études n'ont qu'à payer eux même. L'augmentation des droits universitaires à hauteur de £9000/an, voté l'an passé, participe à cette logique.
Le slogan de la Big Society, mis en avant par le Premier Ministre David Cameron contribue à cela. Les Conservateurs eux même ont du mal à justifier expliquer ce qui se cache derrière cette notion abscons inventée par les communicants du parti. Cyniquement on pourrait dire que cela consiste à trouver des bénévoles (la Big Society) pour effectuer gratuitement les services jusque la gérés par les autorités publiques.
Le gouvernement britannique ayant un programme d'économies ambitieux (il faut trouver 90 milliards de Livres Sterling d'ici 5 ans) tous les moyens sont bons. Bien sur, on coupe les budgets des autorités locales. Celles ci répercutent donc les coupes budgétaires sur les services délivrées à leurs administrés, et notamment en fermant des bibliothèques municipales. La solution proposée par les conservateurs : the Big Society ; si elle veut conserver la prestation, la communauté n'a qu'à trouver des bénévoles pour remplacer les employés de la bibliothèque et permettre ainsi au service de continuer à fonctionner.
Il y a 6 mois, j'ironisais dans une note de blog sur telles idées : "En d'autres termes, comprendre que si vous pouviez vous prêter des livres gratuitement, il n'y a pas besoin d'un service de bibliothèque «coûteux», il n'y a qu'à échanger avec son voisin de pallier ! (Je donne une autre idée: si chacun pouvait faire une rotation pour nettoyer / réparer les rues elles-mêmes, le Conseil pourrait sauver aussi beaucoup d'argent ... etc - oui, cela s'appelle des heures de travaux d’intérêt général, peine infligée pour les petits délits)"
Et bien je ne croyais pas si bien dire. Jeudi soir, réunion à la mairie. Un membre du cabinet du maire explique qu'il envisage toutes les possibilités... "y compris que certains résidents se chargent de nettoyer leur rue ; ils pourraient recevoir une réduction de leurs impôts locaux en compensation". Je vous passe sur l'aspect organisationnel : de combien sera la réduction ? en fonction de la longueur de la rue ? du nombre d'habitants de la rue ? Si il y a 60 maisons c'est £5 par mois, s'il y en a 600 c'est £50?Et si c'est 65, mais majoritairement en étages ?
Exit le transport, l'éducation, nettoyage et entretien de la cité... à ce rythme on se retrouvera bien vite en effet avec uniquement les fonctions régaliennes de l'Etat : faire la guerre et rendre justice.
Bien sur, cela veut dire un retour de 300 ans en arrière...
La réalité est ailleurs
vonric | 24 juillet, 2011 10:52
D’après le quotidien français Les Echos, "la rémunération moyenne des dirigeants des 200 premières entreprises
américaines a bondi de 20 % en 2010, pour atteindre 11,6 millions de
dollars, le salaire médian s'établissant à 9,6 millions (+ 12 %)".
Le patron le mieux payé des Etats-Unis en 2010 est Philippe Dauman, numéro un de Viacom. Son salaire a fait un bond de 149 % de sa rémunération totale, à 84,5 millions de dollars, devant le patron d'Occidental Petroleum, Ray Irani (76,1 millions de dollars) et celui d'Oracle (70,1 millions de dollars, à 90 % constitué de stock-options).
Le record de hausse est détenu par le patron de Black & Decker, John
Lundgren, dont la rémunération a bondi de 253 % (à 32,6 millions), à la
suite de la fusion avec Stanley, qui doit se traduire par
4.000 suppressions de postes.
Pour prendre une entreprise emblématique, la rémunération du PDG de Ford, Alan Mulally à augmenté de 48% à 26,5 millions de dollars. Il faut ici rappeler que le fondateur Henry Ford, gagnait dans les années 30 environ 40 fois plus que le salaire le plus faible dans son entreprise. Le PDG actuel de Ford gagne donc - 80 ans plus tard (sans fonder quoi que ce soit ni hériter) - environ 2600 fois plus que le salaire minimum (~$10000). Quand à celui cité plus haut, il empoche 8500 fois plus ! Ou pour comparer autrement il gagne chaque mois le même salaire que 8500 employés ou $30000 chaque heure.
Honnêtement j'aimerai que l'on m'explique en quoi cela est normal ? Quelle peut être la justification de ceci ? La hausse de valeur de l'entreprise ? Mais tout le monde y participe, y compris celui qui nettoie les chiottes, sans qui l'entreprise serait moins accueillante, et les conditions du travail influent sur la performance finale de l'entreprise.
D'où l'idée qui fait du chemin à droite comme à gauche d'un salaire maximum (un genre de "au dessus, 100% d’impôt, je prends tout"
afin de stopper la croissance des inégalités. Il faut d’ailleurs se rappeler que pendant les 30 glorieuses, la tranche supérieure d'imposition était de plus de 70% aux Etats Unis (le taux supérieur a même atteint 91 % entre 1941 et 1964). Ceci permet aussi de noter au passage que l'impôt sur le revenu n'a jamais empêché la croissance. Celle-ci n'a d'ailleurs jamais été aussi forte que quand l'impôt
était élevé. Mais bien sur l’impôt ne résout pas tout et en prenant une mesure unilatérale, rien n’empêchera le patron de se relocaliser en Belgique, en Suisse ou dans un ailleurs très proche.
Le PS prévoyait déjà une telle mesure de plafonnement en avril 2010, dans sa « Convention nationale sur le nouveau
modèle économique, social et écologique » :
« Nous proposons qu'au sein des entreprises qui ont une
participation publique dans leur capital, les rémunérations soient
comprises dans une échelle de l'ordre de 1 à 20. »
Eco89 a fait le calcul pour savoir quel est le patron français (un pauvre, seulement 8 millions d'euros/an - salaire+stock options+ avantages+retraites), qui a le plus à craindre une victoire du PS en 2012. Et de toute façon, même si on savait comment procéder a se plafonnement dans les entreprises privées, il faudrait ensuite se demander qui devrait profiter cette petite fortune :
- les actionnaires (en dividendes),
- le personnel (avec une hausse des salaires),
- l'entreprise (avec de nouveaux investissements),
- les clients (en dispensant le groupe d'augmenter ses tarifs) ?
En tout cas il semblerait que dans les 4 cas, ce soit tout bénef pour l'économie !
France Inter a consacré son émission Ça vous dérange du 11 juillet 2011 à la question Faut-il plafonner les salaires ? Il y avait notamment comme invité Philippe Villemus qui a écrit Le patron, le footballeur et le smicard : Quelle est la juste valeur du travail ? (avec une manchette : Des rémunérations indécentes).
On peut tirer de la discussion une série d'arguments/contre-arguments qui pourra resservir pour alimenter les discussions lors de diners en ville :
Constat:
En France 90% de la population gagne en moyenne 16000€/an (voir aussi mon billet sur les riches ici). 0.01% de la population gagne plus de 1,2 millions/an.
Depuis 1998, le salaire des moins riches a augmenté de 3%, celui des plus riches de 51%.
Selon une enquête de L'INSEE qui porte sur les rémunérations (salaires mais aussi dividendes, jetons de présence, stock options, retraites chapeau, droit à l'image, chauffeur, logement gratuit): en 3 ans les 200 personnes les mieux rémunérées en France ont vu leur pouvoir d'achat augmenter de 40%, alors que les 1,5 millions les moins bien rémunérés en France l'ont vu augmenter de 9%.
Le coefficient de Gini mesurant les inégalités montre que celles-ci ont tendance à diminuer en France depuis les années 80. MAIS il ne prend en compte que le revenu sous forme de salaire, et pas les avantages complémentaires (dividendes, jetons de présence, stock options, retraites chapeau, droit à l'image, chauffeur, logement gratuit) qui ont explosé. Le salaire devient maintenant une part minoritaire chez les très hauts revenus.
Idées reçues, mensonges et mythes:
- Idée que l'imposition plus forte empêche les hauts revenus de venir s'installer, et qu'ils préfèrent rester là où ils payent moins d’impôt même si les conditions de vie sont moins bonnes.
C'est un mythe inventé par les patrons français eux mêmes et par les chasseurs de tête selon lequel il y aurait un marché mondial des patrons français et que s'ils n'étaient pas si bien rémunérés ils partiraient à l’étranger. Les faits montrent que c'est un gros mensonge. Depuis 1986 et la création du CAC40, aucun patron du CAC40 n'a été débauché à l'extérieur. Dire qu'il y a un marché mondial revient à dire qu'il y aurait une pénurie de patrons dans le monde en qu'en ce moment le PDG de Coca Cola est en train d'essayer de débaucher le patron de Suez ou de BNP par exemple. Or c'est faux, car diriger une entreprise cela veut dire maitriser la langue, avoir des réseaux, connaitre le marché du pays ; or comme les patrons français du CAC40 sont majoritairement d'anciens fonctionnaire issus des corps de l'Etat, ils ne sont pas chassés. Depuis 40 ans, aucun grand patron français n'a été débauché pour prendre la tête de multinationales à l'étranger. De même il n'y a pas de patrons étrangers dans le DAX de Francfort ni à la bourse de Milan. Il n'y a pas de marché mondial des patrons. Les multinationales ne veulent pas d’énarques ou de polytechniciens qui ont souvent été simplement parachutés par le pouvoir politique français.
- Le marché attire les meilleurs patrons qui vont aussi augmenter de manière marginale la valeur de l'entreprise.
C'est aussi faux. Combien de postes de PDG d'entreprise du CAC40 se libère par an? Maximum 1. On a donc uniquement besoin d'une personne, qu'on peut facilement trouver dans les écoles françaises et même dans les numéro 2 ou 3 de ces mêmes entreprises.
- Les grands patrons créent de la richesse.
CAC40=6990 points en 2000, 4300 aujourd'hui. En 10 ans les patrons du
CAC40 ont détruit 400 milliards d'euros en richesse nationale. Dans le même temps leur rémunération globale a été multipliée par 250%.
- Les entreprises du CAC40 crée des emplois.
C'est faux. Ce sont les TPE, les PME et les entreprises de moins de 100
salariés. Entre 2000 et 2010 le CAC40 a détruit massivement des emplois
dans l’hexagone.
- Ce sont les actionnaires qui décident la rémunération des patrons.
Non,
et c'est là le problème. En France (et c'est encore une fois une
spécificité française), au sein des conseils d'administration, on a créé
des annexes appelés les comités de rémunération qui proposent les
rémunérations totales des dirigeants. Et ceci n'est pas soumis au vote des actionnaire
mais décidé par les conseils d'administration, constitués par les
"meilleurs amis". Il y a un cumul de mandats d'administrateurs (limité à
5 toutefois !) en France qui est unique au monde : le PDG de A est au comité de
l'entreprise B et vice-versa. Le capitalisme français est extrêmement
consanguin.
Quelques propositions
Attention tout d'abord : on parle ici uniquement des grandes entreprises. Si on se focalise
sur les patrons du CAC40, la redistribution de l'ensemble de leur
rémunération sur les français ne serait que de quelques euros.
Paradoxalement les patrons du MEDEF sont assez favorables à ce
plafonnement des ahuts salaires car l'écrasante majorité des 300000 dirigeants
d'entreprises en France ne gagne pas ces sommes (en moyenne un patron
gagne ~55000€/an) pour un volume de travail au moins équivalent.
De même, il n'y a rien à dire contre les patrons créateurs (Bill Gates, Steve
Jobes...etc) qui ont créé leur entreprise, ont pris des risques sur leur
patrimoine, ont créé des emplois, de la richesse, de la valeur. Mais dans les 200 plus grosses entreprises françaises, ce sont majoritairement des héliportés fonctionnaires installés par
le pouvoir politique.
Les grands patrons français ont vu leur rémunération se
déconnecter à la fois de la valeur financière, de l'utilité sociale
(création d'emploi) et de la valeur sociétale de ce qu'ils font. Il faut donc raboter les hautes rémunérations, non seulement pour
redistribuer mais surtout pour redonner le gout du travail, la juste valeur du travail et rémunérer celui-ci sur utilité éthique et non
plus uniquement financière.
Plusieurs moyens d'agir:
- la fiscalité (on peut prévoir des tranches supérieurs d’impôt).
- interdire les parachutes dorés (car c'est une incitation scandaleuse à l'échec).
- interdire les retraites chapeau (pourquoi pérenniser les revenus d'une fonction quand on ne l'exerce plus).
- améliorer la gouvernance des entreprises françaises (les actionnaires pourraient voter et contrôler la rémunération des dirigeants, ce qui n'est pas le cas en France actuellement).
- réintégrer dans la masse imposable tous les avantages des sur-salaires (au dessus, par exemple, de 100 fois le SMIC).
- toutes les fois que les dirigeants sont augmentés, les Capitaux Propres des entreprises pourraient avoir à être augmentés.
- la rémunération des dirigeants pourrait être liée à celle de l'ensemble des salariés (car l'inverse revient a dire au salarié que son travail n'apporte rien a l'entreprise, et que seul le dirigeant compte).