Lorsqu'un grand quotidien francais devient l'organe de communication du gouvernement
vonric | 25 juillet, 2010 14:37
Je jette régulièrement un coup d'œil sur la presse française via mon interface Netvibes (ou l'écran d'accueil de Yahoo.fr). Et je dois dire que je suis effaré par le traitement réservé à l'affaire Woerth-Bettencourt dans le Figaro.
En milieu de semaine, je vois un titre à la Une du flux RSS de chaque quotidien:
Pour le Figaro: Claire Thibout a reçu 400.000 €
Claire Thibout, l'ex-comptable de Liliane Bettencourt qui a évoqué un éventuel financement politique illégal, a reçu 400.000 euros de sa fille, Françoise Meyers-Bettencourt, lors de son licenciement par la milliardaire en 2008, a-t-on appris auprès de son avocat confirmant une information du Canard enchaîné.
Pour le Monde: Claire Thibout maintient ses accusations devant la juge Prévost-Desprez
Selon les informations du Monde, Florence Woerth, l'épouse du ministre du travail, est entendue depuis ce matin par la brigade financière, dans le volet "trafic d'influence" lié à l'affaire Bettencourt. Le dossier judiciaire devient désormais explosif, avec l'initiative prise par Isabelle Prévost-Desprez, juge à Nanterre, de marcher dans les traces de Philippe Courroye, son collègue du parquet.
Cette impression de biais (on cherche clairement à décrédibiliser le témoin au Figaro) se retrouve lorsque je cherche le mot Bettencourt sur le site des deux quotidiens et affiche une série de titres. Je vous laisse regarder (cliquez sur les images pour afficher en grand):
Le Monde:
Le Figaro:
Certes les articles sont nuancés, explicatifs. Mais je me rappelle aussi avoir entendu, dans d'autres affaires, que les titres étaient choisis non pas par le journaliste qui fait l'enquête et l'article, mais souvent par le rédacteur en chef, voir la direction de la rédaction.
C'est tellement gros que ça commence à faire des vagues au Figaro même d'ailleurs, comme @si s'en fait écho:
Le 9 juillet dernier, le quotidien consacrait
sa Une à la deuxième audition de Claire Thibout au cours de laquelle
l'ex-comptable de Bettencourt était soi-disant revenue sur une partie de
ses déclarations en dénonçant la romance de Mediapart. Après coup, on
avait appris que l'Elysée avait facilité la fuite du PV en donnant à la
presse des extraits tronqués, l'ex-comptable maintenant l'essentiel de
ses accusations. Manifestement, la société des journalistes du Figaro
n'a pas apprécié le choix du directeur de la rédaction, Etienne
Mougeotte, d'avoir participé à cette opération de com' de l'Elysée.
Dans un communiqué cinglant, repris par Le Canard enchaîné du 21 juillet, la SDJ dénonce "un PV tronqué, assorti d'un article non signé, qui participait à l'évidence de la stratégie de communication de l'Elysée". Mougeotte est directement mis en cause :
"Il a publié des accusations sans les avoir vérifiées. Il a orienté le
témoignage de l'ancienne comptable pour lui faire dire autre chose que
ce qu'elle voulait dire". Par ailleurs, la SDJ regrette que les journalistes en charge du dossier n'aient "pas été avertis du scoop sur lequel la direction venait de mettre la main".
Les grands quotidiens britanniques ont eu aussi des biais et des opinions. Le Guardian est classé à gauche, tendance Labour, The Independent est plutot fan des Libdems et le Daily Telegraph est bien connu pour être LE quotidien conservateur. C'est ce dernier qui a révélé l'affaire des notes de frais abusives des parlementaires britanniques. Et il a pris tout le monde dans le pot de confiture, à gauche comme à droite les fautifs ont été nommés dans les pages du journal et les titres étaient sans équivoque : tout le monde est mouillé. L'idée que le journal "Conservateur" eut omis les noms des parlementaires Conservateurs fautifs pour faire plaisir au parti de droite en campagne semble tout simplement inimaginable ici.
Nationaliser les banques, c'est possible et même recommandé
vonric | 18 juillet, 2010 09:21
Voici un verbatim de Frédéric Lordon, extrait de l'émission d'@rrêt sur images du 14 mai 2010:
"A l'automne 2008, il m'avait semblé que pour des raisons strictement conjoncturelles, la nationalisation d'ensemble du secteur du crédit était la chose a faire, pour la raison suivante: le choc que venait de recevoir le système bancaire était si monumental que ses effets étaient immédiatement prévisibles, çà allait se finir dans une contraction du crédit absolument sanglante d'où résulterait une récession. Nous y sommes.
Comment aurions nous pu éviter cette situation là ? Je me souviens à l'époque que les pouvoirs publiques avaient déjà mis des sommes épaisses sur la table pour renflouer le secteur bancaire et commençaient à s'inquiéter dès le début de l'année 2009 qu'ils ne venaient voir aucunes contreparties de la part des banques aidées sous la forme d'un encours de crédit, etc, etc.
Or d'abord le secteur bancaire n'est pas connu pour sa philanthropie et son altruisme, mais même si on lui prêtait les plus hautes vertus du monde dans la matière, ça n'aurait pas fait l'affaire pour une raison extrêmement simple : c'est que chaque banque individuellement confrontée à une conjoncture macro-économique extrêmement défavorable trouvera, et elle a raison, que la bonne chose à faire est de réduire ses encours de crédit ; car on ne lutte pas tout seul contre la vague géante.
Et chaque banque faisant par devers elle ce raisonnement, toutes restaient les deux pieds dans le même sabot. Donc le problème qui s'est posé à l'automne 2008 étaient un problème de coordination du secteur bancaire. On pouvait éviter la récession à partir du moment où toutes les banques de manière coordonnée rouvraient leurs encours de crédit, se mettaient à soutenir la consommation et on passait le mauvais moment. Or la coordination est précisément ce qui est interdit en économie de marche puisque c'est sa définition même : c'est une économie sans coordination centrale. Or là elle était impérativement requise.
Qui pouvait produire cette coordination ? Il n'y a qu'une main invisible qui puisse le faire, qui soit assez puissante, c'était celle de l'Etat. Et il n'y avait pas trente-six moyens pour le faire, c'était la nationalisation. C'est à dire la prise des commandes en direct et rouvrir dans l'ensemble (pas n'importe comment) tous les robinets du crédit.
Le deuxième argument est qu'à l'automne 2008 on est passé très très prêt de l'accident nucléaire, c'est à dire de la matérialisation du risque systémique avec effondrement d'ensemble du secteur bancaire. Il faut bien voir ce que ça représente : j'ai toujours rencontré des difficultés à plaider la cause du sauvetage des banques parce qu'on a dit "oh là là, vous voulez sauver ces pourris, ces fripouilles, etc". Je dit oui, car c'est notre intérêt bien compris. Si nous ne les sauvons pas, nous mourrons la gueule ouverte dans la semaine qui suit. Je ne manquais pas d'ajouter : il s'agit de les sauver, mais pas sans contrepartie. En effet, les banques sont dépositaires d'un bien publique vital pour la société qui est la sécurité des encaisses monétaires du pays. Si le secteur bancaire s'écroule, toutes vos petites économies partent en fumées. Ce qui veut dire que dans les deux jours qui suivent, vous voulez aller faire vos courses, tirer de l'argent au distributeur de billet, c'est pas possible, ou faire des chèques c'est pas possible. Il y a l'argent que vous aviez dans la poche, point.
J'ajoute un troisième argument qui est celui qui est développé dans le papier auquel vous faites référence [NDLR: le blog] qui consiste à observer que le secteur bancaire occupe une position très particulière dans la structure sociale du capitalisme qui oblige tous les autres agents à en passer par lui. Le crédit est vital à l'activité économique. Or là, dès que les banques sont atteintes, le contre-coup se fait immédiatement sentir en terme de restriction du crédit. Et d'ailleurs les banques tirent argument de cette position la pour expliquer que si jamais on leur fait le moindre mal, sous la forme d'un surplus de régulation, une taxation de leurs profits, etc, il en résultera une réduction du crédit et que c'est tout le monde qui sera puni. Alors ce discours est scandaleux, mais le pire est qu'il est objectivement bien fondé. En effet la position du secteur bancaire dans le capitalisme les rend dépositaires de fait de ce bien publique qui est la continuité des financements des agents économiques. Je dis qu'il est intolérable de laisser faire une capture privative d'un bien commun.
Donc on renationalise. On paye comment?
Comment on passe d'une économie avec secteur bancaire privé à une économie avec secteur bancaire non-privé ? Je ne sais pas. Je n'ai pas encore eu le temps de penser l'ingénierie de ces grandes transitions. En revanche je peux la penser dans le scenario du cataclysme. Il y a un scenario dans lequel l'exercice d'ajustement budgétaire ultra violent, généralise à l'échelle européenne, se révélera pour ce qu'il est, c'est à dire intenable. Que se passer-t'il à ce moment la ? Il y aura déchaînement d'une crise des dettes souveraines mais avec contagions ajoutée, c'est à dire pas seulement la Grèce mais 6 ou 7 pays européens simultanément.
Alors là ça ne passe plus du tout. On en sera réduit à un point ou la seule solution qui restera ouverte sera : le défaut (il faut bannir le terme de faillite utilisé pour les agents privé. Un État ne fait pas faillite, il arrête de payer. Il n'est jamais mort de faire défaut, au contraire il s'en porte souvent mieux). Donc si on passe la borne du défaut, on rentre dans un monde inconnu. Le défaut souverain aurait la propriété de propager des pertes immenses à travers tout le secteur bancaire dont les bilans sont farcis de titres de la dette publique et qui étaient réputés les plus surs jusqu'à présent et dont on s'apercevra qu'ils vont être massivement dévalorisés. Retour à la case départ, c'est à dire en 2008. Pas sous l'effet de la dégringolade des crédits immobiliers, mais sous l'effet de la dégringolade des dettes souveraines. Alors là on se retrouve en situation d'avoir à sauver le secteur bancaire une 2e fois.
Alors voila ma modalité de nationalisation du secteur bancaire à ce moment là : la saisie (donc 0 euros). Et l'argument est : nous n'avons le choix (en cette situation très précise) qu'entre deux états du monde et deux seulement : le premier on laisse les banques faire faillite et les actionnaires perdent tout et nous mourrons avec. Le deuxième état du monde est : nous saisissons les banques, nous vivons à nouveau, et en effet les actionnaires perdent tout également. Donc les actionnaires perdent tout dans les deux états du monde, simplement il y en a un où on reste vivant et ils sont seuls à mourir. Moi je n'hésite pas un instant."
On notera aussi qu'il parle longuement de la crise et réclame la renationalisation des banques sur son blog hébergé par le Monde Diplomatique.
BP
vonric | 11 juillet, 2010 12:27
On parle beaucoup de BP depuis quelques mois. Pour comprendre le problème, rien ne vaut une vidéo explicative.
[Vidéo réalisée par les comediens de Upright Citizens Brigade Theatre's - version sous-titrée en français par Koreus]
Le n'importe quoi n'est pas un argument
vonric | 04 juillet, 2010 13:56
Cela fait la deuxième fois cette année que la conversation dégénère entre amis (euh, relativisons, nous ne sommes pas fâchés
.. je crois :-p ). Si j'admets la contradiction et apprécie d'ailleurs d'entendre des opinions diverses (même si bien sur j'aime encore plus avoir raison!) je supporte de moins en moins que l'on dise n'importe quoi pour contrer un argument que je voudrais de construit.
J'espère montrer sur ce blog que je pèse mes propos. J'essaye toujours d'agrémenter mes billets de liens qui permettent au lecteur de ne pas me croire sur parole, et de vérifier lui même les chiffres ou explications que je donne (ce qui prends du temps, croyez moi...).
Par exemple, parlant des conséquences de la privatisation des train
s britanniques (sujet que j'ai déjà abordé à de nombreuses reprises ici, et pour lequel j'ai tout de même fait quelques recherches, histoire de justifier mes propos), un ami me dit tout de vrac:
"...mais pas du tout, chaque ligne fait passer plusieurs trains (comme les aéroports reçoivent plusieurs compagnies aériennes), et que si une compagnie fait faillite, aucun problème il suffit d'en prendre une autre, c'est le grand avantage du système privé."
Ici j'ai eu du mal: pure connerie ? argumentaire fallacieux ? non sens total ? Que dire... d'abord il suffit de regarder une carte des chemins de fer pour s'apercevoir que hormis les grandes destinations (genre Londres-Brighton, Londres-Cambridge) une seule compagnie dessert la plupart du temps les gare intermédiaires. Il n'y a aucune compétition, c'est un monopole. Ce n'est pas le cas des aéroports. Et je n'assène pas du bullshit comme disent les anglais, parce que moi je vérifie (par exemple ici) et vous montre la source, ce que vous pouvez constater en cliquant sur la carte ci contre et voir comment aller en Cornouailles sans Virgin train.
Bien sur on préférera lancer son argument sans jamais avoir regardé une carte des chemins de fer. Ah j'oubliais: cet ami habite dans le centre, préfère se déplacer à pied et éviter les transports en commun et n'a jamais écrit une ligne sur la privatisation des trains britanniques... forcément il s'y connaît bien mieux ! (je sais c'est facile, mais ca fait du bien de le dire
)
Bien sur on peut argumenter que la privatisation peut être bénéfique. Reconnaître qu'il y a des plus et des moins, que sur certaines lignes et pour les grandes destinations (Birmingham, Manchester...) cela peut permettre (peut être) d'améliorer le service. Mais encore faut-il savoir de quoi l'on parle pour argumenter de la sorte...
Deuxième "brouille" il y a quelques mois au détour d'une conversation:
"- ... de toute façon il y a trop de fonctionnaires en France... il n'y a qu'à voir les profs qui ne foutent rien. Le système est complétement inefficace et coûte trop cher.
- Il y a trop de prof qui ne foutent rien? C'est n'importe quoi...
- Pas du tout. L'Education Nationale française est le plus grand employeur du monde, c'est bien la preuve. Tiens d'ailleurs je regarde sur Google via mon Blackberry: voila, c'est tout vu, j'ai raison !"
Que dire ? Non je ne me suis pas précipité sur Internet pour vérifier, et surtout dire qu'additionner choux et carottes ne menait pas a grand chose. On a repris une biere et on est passé à autre chose. Je suis resté frustré. Frustré de ne pas avoir dit plus fort que c'est n'importe quoi, mais frustré aussi de penser que je ne me voyais pas passer une soirée de vacances à m'engueuler avec un pote sur ce sujet.
Seulement voila, il faut le dire, c'est du grand n'importe quoi: d'abord la requête Google ne parle clairement pas de l'Éducation Nationale. Les plus grands employeurs du monde sont:
- Armée chinoise (~ 2.3 millions) - Public
- Administration américaine (~ 2 millions employés) - Public
- Wall-Mart
(1.8 millions) - Privé
- Chemins de fer indiens (1.5 millions)
- NHS
britannique (santé ) (1.3 millions) - Public
- ... etc
L'Education Nationale française arrive après tout cela avec 1 millions (chiffres officiels ici).
Ensuite comment comparer un système d'éducation centralisé français, avec par exemple un système privé comme aux Etats Unis mais recevant des financements des états fédéraux. Ou avec le système britannique par exemple qui rassemble un réseau de public schools (comme son nom ne l'indique pas, écoles privée) à coté des écoles d'Etat ? Où les écoles privées ou semi privées et autonomes reçoivent chaque année d'important financements publics ? Où les droits Universitaires anglais sont de £3000 par an (les fameux tuition fees) contre 300 euro en France ? (et qui pose ainsi le problème de l'égalité devant l'enseignement).
Comparons les budgets de l'éducation:
- UK = 27.7 milliards d'euros de l'Etat + 52.3 milliards au niveau local = 79.9 milliards de Sterling (~96 milliards d'euros) (2009)
- France = 59,9 milliards d'euros de l'Etat (2009) + ~ 20% (12 milliard) des collectivités locales = 72 milliards d'euros (mais certains sites parlent de plus de 100 milliards)
Autres comparaisons:
Bien sur on pourrait débattre
- de la qualité de l'enseignement (bizarrement tous les Français que je connais à Londres parlent soit de déménager pour se rapprocher du Lycée français, soit d'une bonne école privée ou carrément de retourner en France);
- du besoin de financement (La part des dépenses d’éducation place la France un peu au dessus de la moyenne des pays de l’OCDE, en raison notamment d’une durée d’études particulièrement longue. Le coût d’un élève se situerait en dessous de la moyenne dans l’enseignement élémentaire, supérieur dans l’enseignement secondaire et très inférieur au niveau supérieur: France 11k$, Etats Unis 25k$!).
- de la répartition public/privé, et des coûts supportés par les ménages.
- des performances du système (e les outils de comparaisons internationales ont-elles un sens au niveau des performances ?).
Mais apparemment il est plus facile de dire que il y a trop de profs, qu'ils sont tout le temps en vacances et se roulent les pousses et qu'on devrait privatiser tout cela et arreter de payer avec les impots ces fainéants ! Et on sait encore plus de quoi l'on parle lorsqu'on est célibataire sans enfants et n'ayant fait aucune recherche la dessus (je sais c'est facile, mais ça fait du bien de le dire
).
Stop ou encore
vonric | 27 juin, 2010 21:14
Lorsque j'ai commencé ce blog (il y a 5 ans !), je me suis rapidement dit que l'orientation serait une vue d'un Francais depuis le Royaume Uni, sur des sujet politiques, de société, de transports....etc. Et bien voilà, en fait j'ai trouvé: c'est exactement ce que fait très bien Cyrille
Vanlerberghe, donc je vous invite tous à vous reporter à son blog...et je pars en vacances !
...
Et puis finalement non. Je reste. Au final ce blog me sert aussi de pense bête pour noter aussi pour moi même quelques réflexions, lectures et commentaires sur ce qui me plaît et me déplaît.
Je signale tout de même son article sur le nouveau bus de Londres (dont je parlais l'an passé). Fainéant comme je suis, ça m'évite de parler du sujet. A si, tout de même: il me semble qu'Aston Martin a vraiment fait évoluer son design depuis qu'il a gagné le concours.
Aston Martin - Bus de Londres gagnant du concours 2009:
Aston Martin - Bus de Londres tel que présenté en 2010: