La Turquie et l'Europe
vonric | 03 octobre, 2005 14:37
Le Turquie est une fois de plus le sujet principal des discussions au sein de l'Union Européennes.
Bien sur le texte que l'UE souhaitent signer avec la Turquie énnonce que : "l'objectif commun des négociations est l'adhésion", dans un processus ouvert et sans garantie. Il ajoute qu'en cas d'échec, la Turquie devra être ancrée dans l'UE "par les liens les plus forts".
Mais un pays membre de l'UE, l'Autriche, a décidé qu'il serait honnête d'écrire qu'un autre mode doit aussi être envisagé : le partenariat privilégié (statut revendiqué par la Suisse par exemple). Le Portugais Diogo Freitas do Amaral a toutefois jugé "impossible qu'à chaque fois que [les Européens] doivent prendre une décision, un ou quelques pays se rappellent à la dernière minute qu'il a des objections très importantes".
Loin de me demander pourquoi l'Autriche souhaite écorner la douce promesse que l'Europe fredonne depuis des dizaines d'années à la Turquie, je m'interroge sur : "Pourquoi l'Autriche seule ?".
La Turquie actuelle, c'est :
- 70 millions d'habitants (le pays le plus peuplé au jour d'aujourd'hui après l'Allemagne).
- 4% du territoire en Europe, le reste en Asie (dont la capitale Ankara).
- PNB/habitant
(2003) = $2 715 (UK=$26 650, moyenne de l'UE=$24 000). Tous les pays
actuels de l'UE ont un PNB plus élevé (toutefois si la Roumanie et la
Bulgarie intègrent l'UE, ces deux pays se trouveront en dessous).
Les liens entre l'UE et la Turquie sont anciens. Pays associé à l'UE
depuis 1963, la Turquie a déposé une proposition de candidature en 1987.
Historiquement, la Turquie et l'Europe entremellent leurs histoires
depuis des siècles (mais c'est aussi le cas de la région occupée par Israël, de l'Egypte, de l'Afrique du Nord...etc).
C'est donc un pays pauvre, très peuplé (son poids sera plus élevé que n'importe lequel de l'actuelle UE dans 10 ans) et qui n'est pas en Europe - ou si peu (comme considérer que la France est un pays africain car
elle possède, avec l'ile de la Réunion, un toute petite partie qui lui
est liée) - que l'on demande aux peuples de l'actuelle Union Européenne d'accueillir à terme. En fait, tout bien considéré, on ne demande rien aux peuples européens.
Les dirigeants de l'Europe savent bien que la Turquie a déjà été une cause importante dans le vote de refus au référendum sur le traité Constitutionnel il y a quelques mois en France et aux Pays Bas. Que les peuples européens se sont sentis frustrés de ne pas avoir été consultés avant l'entrée des 10 nouveaux membres en 2004 (et ont exprimé ce mécontentement en France en mai 2005). Que la France possède un point de sa constitution qui l'oblige dorénavant à organiser un référendum pour l'entrée d'un nouvel Etat dans l'Union ; et qu'il y a autant de chance que les Francais disent oui dans 10 ans, que de chances que les Anglais adoptent l'Euro d'ici 5 ans... Bref que les possibilités d'intégrer la Turquie dans autre chose qu'un partenariat privilégié sont très faibles. Alors pourquoi ne pas lui dire tout de suite et envisager aussi des solutions alternatives, au lieu d'attendre la dernière minute, après des années d'efforts de sa part, pour lui lancer : "Ah, bien, mais on a quelques problèmes... ca va pas être possible" !
Le gouvernement anglais, qui n'a pas vraimment fait preuve d'europhilie depuis des années (hormis en paroles) est un fervent partisan de l'élargissement à la Turquie. La presse anglaise europhobe, à défaut de voir le Royaume Uni quitter l'Union Européenne et adopter elle aussi un partenariat privilégié, est partisante également de cette intégration. C'est souvent un bon indicateur : s'ils sont pour, c'est que c'est suremment douteux...