Positionnement des différents leaders britanniques sur l'échiquier politique
vonric | 28 février, 2006 06:28
Je reprends un article très intéressant du blog UK Polling Report, parlant du positionnement des différents leaders britanniques selon la perception du public.
Comme je le soulignais déjà dans un article précédent, une des stratégies de David Cameron, le nouveau leader du parti
conservateur britannique, est de se rapprocher du centre. Le récent
sondage de YouGov montre qu'en effet le nouveau chef des Tories est
plus au centre que son prédécesseur, mais Tony Blair est toujours celui qui
colle le mieux aux aspirations générales des citoyens.
Avant la dernière élection parlementaire, YouGov avait demandé aux
électeurs de classer les leaders politiques sur une échelle
gauche-droite de 0 (centre) à 100 (extrême). Puis ce sondage a été
repris au mois de février pour le Telegraph (les libdems n'apparaissent pas car il
y a actuellement une élection au sein du parti pour choisir un nouveau
leader après le retrait de Kennedy - leur positionnement +/- dépendra évidemment de ce changement). Enfin il a été comparé avec la
perception de la situation des parlementaires du Labour et des Tories. J'ai rassemblé dans les graphiques ci dessous les données du sondage.

Sans trop de surprise, on s'aperçoit que Tony Blair est perçu comme
un leader de centre droit, en décallage complet avec
son parti d'ailleurs, qui est vu comme nettement plus à gauche (en regardant le positionnement de Gordon Brown, on comprend immédiatement
pourquoi il est très populaire parmis les députés du parti).
Par
ailleurs, David Cameron a bien réussit à se rapprocher du centre...
mais il n'y a pas encore entrainé les députés Tories. Il est en tout état de
cause toujours assez loin de l'électeur moyen, auquel colle presque
parfaitement Tony Blair (pour combien de temps ? Avec la guerre en
Irak, l'augmentation des droits d'inscription aux Universités à
l'inverse de ses promesses, sa privatisation des hopitaux qui est à revoir,
il semble aller d'échec en échec). Plus frappant meme est le gouffre
qui sépare Cameron des libdems, auquel il fait pourtant les yeux doux depuis
quelques mois. Comme quoi, même si un changement de tête peut aider, le
nouveau leader Tory semblent bien à la peine pour dépoussiérer un parti
Conservateur toujours complètement à l'écart des réalités de
l'électorat...
Dernière remarque : je me souviens d'une des premières interventions de Cameron lors de Prime Minister Questions, quand il avait souligné que Blair était, parfois, assez proche des Conservateurs, et donc que ceux ci pourraient être amenés à voter ses projets (comble de l'insulte pour le Labour !) Avec le graph, on s'aperçoit en effet que Tony Blair est perçu comme plus proche de Cameron (21 points d'écart) que de Brown (25 points).
Orwell le visionnaire
vonric | 27 février, 2006 15:49
Je poursuis dans la série "Orwell le visionnaire" puisque ces dernières semaines ont été marquées par l'adoption de la loi britannique instituant la carte d'identité biométrique.
Il
faut rappeler que les sujets de sa majesté Elisabeth II n'ont pas connu
de carte d'identité depuis la seconde guerre mondiale. Alors que les Anglais réagissent peu aux nouvelles lois antiterroristes de Blair, aux fichiers ADN ou autres vidéo- surveillance,
ils se sont paradoxalement fortement mobilisés contre ce projet.
Personnellement je trouvais ca complètement stupide, car pour le
moment, il n'y a aucun moyen officiel facilement utilisable pour
prouver son identité, et vous pouvez retirer votre carte bancaire en
montrant votre inscription à la bibliothèque (vécu) ou voter en volant
la carte d'électeur de votre voisin (non vécu
! Bref, malgré certaines concessions, cette carte devrait devenir obligatoire dans quelques années, et chaque individu devrait à
terme avoir ses empreintes et un scan de leur iris dnas des fichiers.
Au lieu de se demander si un carte d'identité était nécessaire sur
l'ile, les Anglais auraient du se demander plutôt de manière beaucoup
plus virulante si les information biométriques contenues ne contribuent
pas encore un peu plusà la "mise en base" des individus... et combien tout ceci va couter (à ce jour, toujours pas de réponse).
Mais - comme souvent diront certains - il y a aussi là dedans des enjeux bien terre à terre, simplement économiques. La France, qui devrait sortir une carte biométrique en 2006 (batisée du doux nom d'Ines), s'appuie sur l'empreinte digitale. Selon Le Figaro, elle aurait réussi à entraîner dans
son sillage l'Italie, l'Autriche, la Suède, la Belgique, la Lettonie,
l'Espagne, la Slovaquie, la Hongrie, la Norvège, la Pologne, le
Danemark et la Lituanie. Dans l'autre camps, on retrouve les États-Unis et la Grande-Bretagne qui souhaitent utiliser l'iris de
l'œil. Doigt contre oeil, c'est aussi une histoire de sous, puisque c'est une société
américaine, Iridian, qui détient le brevet du scanner de l'iris de
l'œil, alors que le traitement informatique des
empreintes digitales est la grande spécialité du groupe français
d'électronique de défense Sagem.
A noter au passage qu'on ne parle pas de carte d'identité Européenne, autremment plus utile. Prenons mon cas par exemple : Français habitant au Royaume Uni, je ne serai pas dans les fichiers Anglais
.
Dans un traitement plus ludique, je cite aussi ci dessous un aperçu de quelques techniques supplémentaires développées par les anglo-saxons pour pouvoir fliquer sécuriser l'individu.
(Lire la suite de l'article)
Emballement médiatique - n'apprenons nous jamais rien ?
vonric | 25 février, 2006 17:27
Ce matin j'ai reçu un email concernant une manifestation organisée à Londres en solidarité avec l'affaire Ilan Halimi :
- > > Cher(e)s ami(e)s,
>
> > La France vit en ce moment une
autre de ses pages sombres de son histoire.
> > Un jeune
juif, Ilan Alimi, a été torturé puis assassiné pour un motif purement raciste. Notre pays, notre gouvernement et les politiques de tous horizons se mobiliseront dans un mouvement de
solidarité silencieux, non politisé ce dimanche 26 février 2006: certains défileront dans
toutes les villes de France, d'autres se recueilleront dans des lieux
de cultes de toutes religions. Un de mes amis, Benjamin Cymerman
organise un moment de recueillement devant les locaux de
l'Ambassade de France au 58 Knightsbridge, Dimanche à 15 heures.
Pourrais-tu (si Elisabeth n'était pas disponible, un de nos
vice-présidents pourrait s'en charger) mobiliser la communauté
française de joindre ce petit groupe afin de marquer le soutien des français de Londres à la famille de cette jeune
victime et leur opposition à toute forme d'antisémitisme et de
racisme. Il est essentiel de mobiliser les églises
françaises, les curés de Notre Dame de France et notre Pasteur afin
qu'ils dénoncent en chaire ce crime odieux et antisémite lors des messes et cultes de dimanche.
> >
> > Je sais
qu'il est tard pour mobiliser un grand nombre de nos concitoyens: je te suggère toutefois de transmettre ce message par
mail à tous nos Présidents qui pourront contacter leurs membres. Il
me semble essentiel que nous, français de Londres
fassions preuve de solidarité avec les juifs de France
et cette nouvelle épreuve que les événement leur font vivre.
> > Merci
de t'impliquer dans une action peu commune.
> >
> > Bien
amicalement,
[c'est moi qui ai mis certains mots en gras]
Je n'irai pas.
J'ai peur, encore une fois, que ces réactions à
chaud provoquent
l'effet exactement inverse de ce qu'elles souhaitent dénoncer (à force de crier au loup...). Depuis environ 3 ans, certaines des "attaques" contre la communauté
juive dont les médias se font écho avec sensation se révèlent en fait infondées (non
pas l'acte, mais la motivation puremment antisémite). Attention, je ne nie pas les violences racistes
(selon les chiffres du ministère de l’intérieur, de 2001 à 2002,
le nombre d’actes racistes a été multiplié par plus de quatre, et celui
des actes antisémites par six), je veux seulement souligner que la plus grande vigilence s'impose dans toute affaire de ce type.
(Lire la suite de l'article)
CNE : première condamnation des prud'hommes
vonric | 23 février, 2006 18:39
Comme j'en parlais en début de semaine, ce qui devait arriver lorsqu'on légifère dans l'urgence et la précipitation, est arrivé. Le Parisien révèle, dans son édition du mercredi 22 février, que, pour la première fois depuis le lancement des CNE en août dernier, le conseil de prud'hommes (de Longjumeau - 91) a condamné, lundi 20 février, un dirigeant d'une PME pour "rupture abusive de période de consolidation [la période de deux ans]".
L'histoire est assez édifiante et révélatrice des pratiques de certains chefs d'entreprise sans scrupules, d'autant plus libre que le gouvernement semble leur ouvrir les portes, loin de tout réflexion du donnant-donnant.
(Lire la suite de l'article)
Vite, vite !
vonric | 20 février, 2006 14:12
Comme beaucoup d'entre vous j'ai regardé l'audition du juge Burgaud il y a 10 jours. Pas d'un coup... en différé... sur Public Sénat...
afin de bien digérer tout ca. D'ailleurs j'en ai encore a regarder.
C'est long et comme je le déplore souvent, les journées n'ont encore
que 24h...
Je pense que cette audition publique était une très bonne chose.
Certains ont pu craindre que ce soit l'occasion d'accabler le juge, cet
homme décrit comme froid et buté par certains intervenants précédents.
J'ai été surpris en fait, car il n'avait pas une tête de monstre. Et
je pense que Pierre Martel, un des acquittés, a bien résumé l'évènement : "On a été jugés par un gamin".
Un jeune juge a qui on a donné des outils de procédure, et qui les a
utilisé. Il a refusé des actes aux avocats, qui auraient pu prouver
l'innocence d'accusés ? Rien dans la loi ne l'obligeait à accéder
à la demande. Et qui fait la loi ? Mais oui, ce sont les parlementaires. C'est le procureur rapporteur, M. Houillon par exemple, qui pose 7 ou 8 fois la question "quelle est votre réaction à ces lettres [de Mme Badaoui] et n'avez vous pas eu un doute sur sa crédibilité" et s'énerve de la réponse du juge, que je trouve correcte : "L'analyse que j'en ai fait, c'est ce que j'ai expliqué, c'est qu'elle essaye de tout faire pour être remise en liberté".
La réponse ne le satisfaisait pas, il attendait peut être "Oui j'ai commis un erreur, j'ai été aveuglé , tout est de ma faute". Ca aurait été si pratique. Malheureusement la réponse - tout autre - me parait correcte au vu des attributions que lui donnent les textes.
J'invite à revoir l'audition de l’avocat de Mme Roselyne
Godard , Maître Eric Dupond
Moretti qui dit le 31 janvier :
"Cette émotion [suscitée par l'audition
des acquittés] me fait craindre deux dérives :
La première, que vous
considériez que l'affaire d'Outreau est une affaire unique, qu'elle ne
ressemble pas aux autres affaires. En 2003, 500 personnes détenues ont
bénéficiées
d’un non lieu. Même en considérant que parmi elles, 250 étaient
coupables, il reste 250 innocents qui ont fait de la prison.
Soit un Outreau par semaine ! [...] J'affirme devant votre commission et
sous la foi du serment que j'ai prété, que je connais 50 juges Burgaud.
Le deuxième risque, c'est de considérer que le juge Burgaud est
responsable de tout. [...] Il a été soutenu par toute sa hiérarchie. Il
a été applaudi devant une commission du Sénat. On reproche au juge
Burgaud de ne pas s'être comporté comme un juge du siège qu'il est,
alors que la fonction qui est la sienne lui impose de se comporter
comme un procureur. L'institution est heureuse de l'avoir car il porte
le nom du malheur, et cela permet à beaucoup de ne se poser strictement
aucune question. [...] Je trouve qu'il est un peu facile de lui faire porter aujourd'hui le poids de la responsabilité d'un système. C'est l'institution qui est en cause. [...]
Depuis
20 ans, 40 réformes de la procédure pénale se sont succédées et j'avais
naivement cru que le consensus nécessaire entre les droits de la
défense d'une part, et les droits du parquet d'autre part avaient pu
être trouvé au moment où le parlement a voté la loi Guigou. On peut à la fois renforcer les droits de la police et du parquet tout en renforçant parallèlement les droits de la défense. Les uns ne peuvent pas en permanence être opposés aux autres.
Exemple simple : on décide d'allonger le délais de garde à vue, que
l'on permette à l'avocat, et à la défense, de venir en garde à vue.
[...] On ne peut pas à la fois pleurer sur les gens d'Outreau, et ajouter tous les jours une page nouvelle au code pénal. Je voudrais vous donner quelques illustrations de ce qui a été fait ces mois derniers :
- On a en matière de terrorisme, étendu la durée de la garde à vue, et vous vous souvenez sans doute des déclarations du Garde des Sceaux sur la présence indésirée et indésirable de l'avocat.
- On a permis des comparaisons immédiates en matière
correctionnelle où l'on peut juger en 1/4 d'heure des gens qui encourt
20 ans d'emprisonnement.
- On a échafaudé toute une législation sur le témoin anonyme, ce
qui interdit évidemment la confrontation. Vous savez, ces
confrontations que tous les acquittés d'Outreau réclamaient à corps et
à cris.
- On a prévu une peine plancher, c'est la dernière loi sur la
récidive, puisque vous savez que si le juge n'envisage pas de placer en
détention, il doit spécialement motiver sa décision. C'est le monde à l'envers !
- On a instauré le plaider coupable, avec ce recul considérable des droits de la défense puisque le mensonge devient suspect [...]
- On a - enfin quand je dis on a, VOUS avez - permis
au procureur de la république, lorsqu'il interjecte appel d'une
décision de mise en liberté du JLD de non placement en détention, de
maintenir en détention le mis en examen, sur un simple appel du
procureur. C'est comme si le simple appel de l'avocat permettait la
mise en liberté.
- Enfin, on a supprimé le droit au silence. Quand on pleure ici
sur les conditions de la garde à vue, on peut tout de même regretter
ensemble que certains de ces hommes ou de ces femmes n'aient pas pu
bénéficier de ce droit au silence, qui en réalité n'est pas le droit
des délinquants, car les délinquants chevronnés savent qu'ils peuvent
se taire, mais qui profite essentiellement aux honnêtes gens."
Jean-Louis Debré, lors de ses voeux en janvier au Président de la République,
déplore cette législative, qui fait que de plus en plus de lois sont
votées dans l'urgence, sans véritable travail de commission (le
ministre de la Culture peut d'ailleurs s'en mordre les doigts !) : "Depuis
le début de cette 12ème législature, ont été enregistrés 93 908
amendements alors que, sous la première législature 1959/1962,
seulement 4 564 amendements avaient été déposés. Il faut attendre les
années 1968 à 1972 pour que soit dépassé le cap des 10 000 amendements,
et la 11ème législature, soit les années 1997 à 2002, pour que le seuil
des 50 000 amendements soit atteint. Aujourd'hui, donc, et alors que la
législature n'est pas terminée, nous sommes sur la voie des 100 000
amendements déposés. [...] Ils
démontrent que les projets de lois présentés par le Gouvernement sont,
en tout cas certains d'entre-eux, précipitamment rédigés. Ainsi
il n'est pas rare qu'en plein milieu de la discussion du projet de loi,
le gouvernement amende lui-même son propre projet se rendant compte
qu'il est mal rédigé [...] cette inflation d'amendements démontre aussi qu'à force de tout vouloir régler par la loi, même ce qui n'est pas de son domaine, nous perdons de vue l'essentiel." Croyez moi, ce n'est pas mon habitude, mais ici, je pense comme Debré !
Prenons un exemple récent et d'actualité : le fameux CNE.
(Lire la suite de l'article)