Ramsay MacBlair
vonric | 17 mars, 2006 16:31
Est
ce une victoire ou une défaite ? Mercredi soir, Tony Blair a fait
approuver par le parlement sa nouvelle loi sur l'école (qui propose que
toutes les nouvelles écoles soient dirigées par des organismes indépendants de l'Etat) en dépit de l'opposition de son parti (seuls 5% des membres du Labour parti sont d'accord
avec les termes de la loi originale, et 25% sont d'accord avec les
termes du compromis qui permet aux authorités locales de continuer à
créer des écoles - on a un peu l'impression que c'est le monde à l'envers). Les écoles auront donc l'appelation Foundation Schools,
ce qui veut dire qu'elles seront financées par un sponsor, qui aura
légitimité à influencer l'enseignement (on imagine donc McDo, Coca ou Microsoft
sponsoriser des écoles
).
Ce qui est notable ici, est que Tony Blair a fait passer sa loi
uniquement grâce à l'aide du principal parti de l'opposition. On peut y trouver
quelque aspect positif, comme Swissroll
qui trouve que - à partir du moment ou une majorité, quelle qu'elle
soit, du parlement approuve la loi - il est bon de dépasser les
clivages politiques sur certains aspects législatifs. Au passage il
qualifie de réactionnaires les opposants à la dite loi, ce qui est faire peu
de cas de ceux qui se retrouvent en phase avec 75% des membres de leur
parti.
C'est
un avis que
je ne partage pas. Tout d'abord parce que contrairement au président
français dont la légitimité découle directement du vote populaire, le
Premier Ministre anglais est nommé par les députés élus du parti
majoritaire à la Chambre des Communes. La légitimité de Tony Blair découle donc de
son parti. Lorsqu'il va à l'encontre de celui ci, il trahi ceux
qui l'ont nommé. Le fait que seuls 52 députés Labour aient voté contre la loi
signifie surtout que seuls 52 ont eu le courage de leur opinion, et que
pour des jeux de solidarité avec le gouvernement (on connait ça en
France, notamment sur le CPE ou la loi DADVSI) et de calculs
politiques, les autres ont préféré suivre les consignes de vote.
Le
nouveau surnom de Blair est donc Ramsay MacBlair, rappelant Ramsay MacDonald
qui, alors Premier Ministre Travailliste en 1931, s'est rallié au parti
conservateur (et fut donc expulsé du Labour). Ayant perdu le support du
pays, il se maintint tout de même au pouvoir jusqu'en 1935, mais dans
les faits celui ci était exercé par le conservateur Baldwin qui lui
succéda. Alors qu'il était largement admiré dans les années 20,
Churchill et d'autres accusèrent plus tard MacDonald d'avoir contribué à la
montée en puissance d'Hitler par sa faiblesse et son pacifisme.
Autres sujet de débat crutial en Angleterre : les retraites. Il
faut rappeler qu'en Grande Bretagne la retraite de l'Etat est de plus
en plus faible. Par ailleurs il n'y a aucune obligation de participer à
un fond de pension privé. Toutefois, le gouvernement a encouragé les
salarié à mettre leur argent dans les fonds de pension de leurs
propres entreprises, afin d'épargner pour leurs retraites. Seulement
voila, certaines entreprises ont depuis fait faillite et donc 85 000 employés britanniques ont perdu tout ou partie de leur retraite.
Alors qu'un rapport parlementaire (Ombudsman's report) met en exergue les carences et manquements du
gouvernement à cet égard ces dernières années, celui ci rejette toute
responsabilité et refuse d'indemniser les salariés. A coté de cela on parle de passer l'age de la retraite à 68 ans. A mon avis pour 85 000 britanniques il n'y a plus d'age de la retraite du tout !
Et pour finir, cerise sur le gateau, quelques mots du Gros Scandale qui agite la politique britannique depuis quelques jours. Il est apparu que le Labour parti a reçu 14 millions de Livres Sterling en prêts d'individus privés. Ces fonds auraient été gardés secrets par Downing Street, cachés même à la vue du Trésorier du parti Travailliste (d'ailleurs je ne sais pas comment ils ont fait pour cacher ces millions... ca fait tout de même beaucoup à planquer sur un budget officiel de campagne de £17,939,617 ; ils payaient en liquide ?). Rappelons que les montants prêtés par des individus n'ont pas à être déclaré à la commission sur le financement des partis (contrairement aux dons) ; bien sur ils peuvent toujours être transformés en dons....après...
. Le problème est que près de 80% des dons ou prêts au Labour viennent d'individus que Tony Blair a ensuite honnoré. En fait, selon le Guardian, tous les donneurs de plus de £1million sont devenus Lords, exception faite de Mittal (le magnat indien de l'acier, bien connu en France) dont le tour devait venir bientôt et de Ondaatje et Cohen qui ont été faits Knights (c'est sympa tout de même).
Tony Blair a reconnu que, bien sur, le Trésorier du parti aurait du être informé, et qu'il aurait du aussi faire savoir que les 3 derniers Pairs dont il a proposé la nomination avaient, juste avant, prêté de larges sommes au Labour. Mais il a aussi souligné que le fait de donner de l'argent au Labour Party ne devait pas être un barrière à la nomination comme Pair, n'est-ce pas ? Les circonstances (et le fait que les prêts aient été gardés secrets) font tout de même douter...
On peut se souvenir des dernières années de John Major, où le gouvernement avaient été accusé par le Labour de corruption, et de récompenser ses donateurs par des honneurs. Au regard de la pratique actuelle de l'équipe Blair, le gouvernement de Major apparait aujourd'hui comme un amateur !
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