L'herbe est toujours plus verte ailleurs
vonric | 23 avril, 2006 09:50
Je lisais dernièrement un article de Serge Halimi, dans le Monde Diplomatique. Il faut le reconnaitre, l'auteur ne me semble pas être un ultra-libéral, fou du modèle anglo-saxon. En dehors de toute polémique certains de ses propos me semblent gagner à être soulignés.
Serge Halami évoque ainsi ces déclinologues qui, semblable[nt] en cela au médecin de Molière qui s’écrie : « Le poumon ! »
chaque fois que son patient énonce un symptôme de sa douleur, rabâche[nt] que tout problème évoqué proviendrait
du « modèle français ». Et qu’il aurait pour remède obligé
l’« adaptation à l’Europe et au monde ». Ou, pour le dire plus crûment,
une « thérapie de choc libérale ».
Mais tout tenant de la politique libérale devrait se souvenir qu'il lui faut aussi accepter les conséquences de ses idées:
- augmentation des populations vivant sous le seuil de pauvreté : Au Royaume de Tony Blair les 20% des salariés les mieux payés touchent 5 fois plus que les 20% les moins bien payés. En France l'écart est de 1 à 4.
- problème dans les services publiques (rail britannique, électricité en Californie, plus récemment l'exemple anglais de
privatisation libéralisation des renseignements téléphoniques en 118)
- augmentation des coûts... pour le citoyen et moindre service : le Partenariat Public-Privé (PPP) britannique a souvent aboutit à une hausse des coûts, moindre couverture, emploi d'un personnel moins bien formé et moins rémunéré (c'est possible !) et prix élevé des projets.
L'auteur de l'article ajoute avec raison : "Quiconque objecte
les déficiences d’un des pays donnés en exemple (apartheid résidentiel
et scolaire, taux d’incarcération, services publics en
déshérence, etc.) s’entend répliquer qu’elles sont sans rapport avec le
type de croissance choisi ou la structure des revenus qui en découle.
En revanche, quand il s’agit de ce « modèle français » qu’on veut
liquider, tout ce qui va mal y ramène toujours."
Le chantre de cette "déclinologie" est Nicolas Baverez, qui a publié La France qui tombe en 2003. Son analyse (et ses propositions) correspond d'ailleurs assez au discours de campagne de Nicolas Sarkozy. On y parle "« liquidation », « désert industriel », « Azincourt diplomatique », « désarmement
technologique », « euthanasie de la production et du travail »,
« dérive du système vers le mode de fonctionnement du Gosplan
soviétique », « pratiques de terrorisme social » (celles de certains ouvriers...)". En expliquant que, « pour les couches les plus modestes, le temps libre, c’est l’alcoolisme, le développement de la violence, la délinquance», on retrouve même le registre du racisme social ordinaire.
A contrario, le modèle du New-Labour britannique serait idéal. The Economist saluait ainsi en ces termes le premier ministre : "La réussite principale de M. Blair a été de consolider les réformes de marché lancées par Mme Thatcher et, après un premier mandat gâché, de les avoir étendues aux domaines de la santé et de l’éducation." C'est de cette ile paradisiaque si bien gérée par l'équipe Blair qu'un autre ultra-gaucho connu loue les mérites : Ernest-Antoine Sellière, alors président du patronat français, a pu ainsi déclarer il y a quelques mois : "Je suis un socialiste britannique"… C'est dire si on ne voit pas trop ce qui restera des traditions de la gauche anglaise après le passage de Tony Blair. A ce propos, Irwin Stelzer, proche de Rupert Murdoch et qui est régulièrement invité à Downing Street, a déclaré que Blair lui aurait confié : "George W Bush is one of the most intelligent men he's ever met".
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