Les bons mots d'une autruche et Guantanamo
vonric | 16 juin, 2006 14:53
Notre premier ministre ("j'entends ceux qui manifestent, mais j'entends aussi ceux qui ne manifestent pas"
n'a pas le monopole du bel esprit. De l'autre coté de l'Atlantique réside un sérieux rival dans le Royaume de Rumsfeldian.
Le secrétaire à la défense américain, Donald Rumsfeld, jamais avare d'un bon mot, expliquait ainsi l'absence d'armes de destruction massives en Irak : "Simply because you do not have evidence that something exists does not mean that you have evidence that it does not exist." Avouez que si l'on n'avait en mémoire le discours anti américain anti guerre d'un flamboyant Dominique de Villepin en 2003 à l'ONU, on se plairait à trouver des similitudes dans ces deux phrases construites en mirroir.
Rumsfeld résumait ainsi sa pensée simplement : "Absence of evidence is not evidence of absence" (ce qui revient à dire en d'autres termes : "Messieurs les coupables veuillez prouver votre innocence", soit à renverser la charge de la preuve et prouver la non existence d'une chose) ou de façon plus compliquée : "There are things we know that we know. There are known unknowns; that is to say there are things that we now know we don't know. But there are also unknown unknowns. There are things we don't know we don't know". Vous avez compris? Ou ça vous rappelle un raffarinade ("The Yes needs the No to win... Against ze No" !!). Notez bien que le unknown unknown, ou inconnu inconnu, c'est assez profond !
Mais il ne s'est pas contenté de cela. N'a t'il pas ajouté plus tard : "Freedom's untidy, and free people are free to make mistakes and commit crimes and do bad things" (le raisonnement inverse laisse supposer ici que toute dictature entravant la liberté évite ainsi les erreurs, les crimes et autres dérives... un paradis !).
Bref tout ça pour dire qu'avec de tels mots, une telle présentation de la réalité, on ne peut vraimment s'étonner de la réaction du commandant du camp de Guantanomo à la découverte des 3 prisonniers suicidés : "un acte de guerre asymétrique dirigé contre nous". Mais encore ? Un "coup de pub pour attirer l'attention" ajoute Colleen Graffy en charge de la diplomatie publique au département d'Etat. Le phrasé est moins circonvolution-ique que celui de leur chef, mais il n'en exprime non moins un déni de réalité, et une insulte à la condition humaine.
Comme l'exprime Le Monde, il n'a pas suffit de dire que le camps de Guantanamo, ouvert en janvier 2002 et qui abrite encore 460 prisonniers sans jugements, était un non sens juridique ; il n'a pas suffi de dire qu'il constituait une violation flagrante du droit international et des droits de l'homme ; il n'a pas suffi d'écrire qu'il était indigne d'un pays universellement admiré pour avoir érigé en système constitutionnel le respect de la règle de droit ; il n'a pas suffit de s'étonner que l'administration Bush manifeste, par son obstination, un tel mépris pour sa Cours Suprême, qui lui a demandé, en juin 2004, d'autoriser les détenus de guantanamo à se défendre devant la justice civile américaine, et pour son opinion publique où, après une indifférence initiale, un nombre croissant de voix dénoncent les conditions de la prison de Guantanamo.
Aujourd'hui le président Bush semble déplorer que ce soit une nouvelle décison de la Cours Suprême qui, se faisant attendre, l'empêche de fermer le camp ; oubliant que c'est justement du à l'existence de cette "prison" que la Cours a été saisie.
Comme disait Dalida : Paroles, Paroles. En attendant, la caravane passe, laissant sur le chemin un citoyen dubitatif du fonctionnement de ses dirigeants.