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Train, avions et routes: le cauchemard de la privatisation britannique
vonric | 26 août, 2007 17:08
J'aime Londres, cette ville cosmopolite, pleine d'expériences et d'opportunités. Mais je ne suis pas aveugle et sourd non plus : qui aime bien chatie bien !(je dis ca pour Warth).
Bon les trains on en a déjà parlé de très nombreuses fois sur ce blog. Le constat du IHT est sans appel: "London commuters suffer through frequent delays to subway services, despite paying up to £4, or $8, for a one-way ride in central London. Meanwhile, passenger groups complain that Britain's trains, despite years of significant investment, are crowded, slow and expensive."
Le gouvernement conservateur a bien sur engagé le mouvement qui devait conduire au désastre: Thatcher en stoppant les investissements dans le réseau ferré britannique (elle croyait que l'avenir était à la voiture - tout le monde peut se tromper, mais certains ont plus de responsabilités que d'autres) et Major en privatisant vite fait mal fait. Mais le gouvernement Blair n'a rien arrangé depuis 10 ans. Pire, Gordon Brown s'est montré fervant partisant des PPP qui a conduit l'Etat à utiliser des sociétés privés, pensant éviter la charge financière, mais gardant tous les risques (que la société privée fasse banqueroute ou pas le risque est peu couteux pour les actionnaires, miracle du PPP) et se révélant un gouffre financier pour le contribuable : on a récemment vu l'exemple de Metronet.
Quand au train à grande vitesse, rappelons simplement que la France possède des milliers de km de voies pour simplement 74 km en Angleterre (hmm bientot 39 autres après 4 ans de travaux...).
Au niveau routier, les conducteurs roulent sur un réseau atrophié en comparaison avec celui existant en France. Et sur Londres la voiture revient très très trop cher : en plus de la congestion charge de plus en plus élevée, il faut compter sur la politique de harcèlement des traffic warden qui doivent remplir les caisses des gouvernements locaux.
Quand aux aéroports, Heathrow, connu pour être le plus grand aéroport européen en terme de trafic, a aussi une réputation exécrable : "Tim Bray, director of Web technologies at Sun Microsystems, [...] said [the airport] has expensive and disappointing food, dirty, dingy and ugly hallways and no place for the family to sit. Heathrow is unspeakably bad in international airport terms". BAA, la société - privatisée mais en quasi-monopole - gérant les aéroports de Londres, est pourtant très profitable, mais au mépris des clients: les queues des magasins des terminaux sont paradoxalement inexistantes en comparaison avec celles aux portiques de sécurité et passport checking.
Le Daily Telegraph y consacre, comme tous les journaux anglais, de nombreux articles cet été, le Royaume Uni devenant une nation de voyageurs du Tiers-Monde. Des queues sans fin pour passer les contrôles de sécurité (en moyenne 1h maintenant dans les aéroports londoniens - le gouvernement qui parle de 15 min soit se fout du monde, soit parle uniquement du temps mis par Gordon Brown pour monter dans son avion). Et sans chaussures, sans veste, sans ceintures, sans montres, sans bigoux, tout nu. Et plus personne ne prendra la peine de vous expliquer les raisons de ces controles, plus le temps. De toute façon les garde-chiourmes sont trop préoccupés à découvrir la bouteille de plus de 100 ml qui fera de vous un apprenti terroriste.
Et comme tout cela ne rebiffe pas encore la grande majorité des anglais, la nation la plus voyageuse du monde, le gouvernement britannique a décidé que, contrairement au autres pays européens, il imposera une limite drastique sur le nombre de bagages à main, quel que soit la taille : 1. Comme ça on doit soit racheter tous ses objets de toilettes dans l'aéroport (bien joué pour relancer la consommation), soit passer sa valise en soute. Comme ça non seulement on fait 1h de queue supplémentaire au départ, et on a de bonnes probabilités de voir son bagage perdu à l'arrivée (rien que 50% de plus qu'Air France, proportionnellement, avec 311 920 pertes en 3 mois, soit 1 passager sur 35 dans chaque avion de BA, ou encore 1,3 millions d'ici la fin de l'année).
Bref une situation typiquement anglaise : "it is typical of the English short-termism, lack of planning, lack of investment." Et quel est le plan de Gordon Brown pour combattre cette situation ? Tout simplement d'augmenter les prix, faisant supporter au client non plus 50% du cout mais 75% d'ici 2014. Un boulevard semble ouvert aux Conservateurs qui pourraient s'attaquer au problème après 10 ans d'échec du Labour... qu'attendent-ils ?
Education: The Corruption of the curriculum
vonric | 19 août, 2007 10:15
Education, Education, Education. Plus de 10 ans après le slogan de campagne annonçant les priorités de Tony Blair, un nouveau rapport titré "The Corruption of the Curriculum" publié par Civitas. Ce groupe de réflexion (think-tank) s'élève contre la main mise du politique sur les programmes scolaires et dénonce un Apartheid éducatif entre les écoles d'Etat sous influence, et les écoles privées qui refusent ce qu'il qualifie de dérive.
Selon Civitas, les matières académiques sont aujourd'hui détournés par les objectifs des programmes officiels pour promouvoir la "bien pensance" actuelle : l'environnement, la lutte contre la racisme, le débat sur l'avortement, la moralité de la génétique. Les cours de sciences seraient remplacés par des débat sur l'utilisation des OGM, la lutte contre le réchauffement climatique ou .... l'obésité (sic!).
La plupart des "comprehensive school" enseignent le nouveau programme, alors que les "independent schools" et "grammar schools" maintiennent les enseignements traditionnels de biologie, physique et chimie. Ce fossé se retrouve aussi au niveau des examens puisque les écoles privées se tournent maintenant vers le International GCSE (équivalent au BEPC), réputé pour être plus académique.
L'éducation, la top priorité de Tony Blair en 1997, est sans aucun doute en train de devenir son top échec !
Justement, au sujet de l'égalité des chances, je lisais un article du Guardian sur le niveau d'éducation des enfants. Selon une recherche du "Center for Longitudinal Studies" à la London University, les enfants écossais ont 3 mois d'avance sur l'ensemble de leurs semblables britanniques. En comparaisons les enfants d'origine du Bangladesh ont près d'un an de retard dans l'apprentissage de la lecture (ceux d'origine pakistanaise font un peu mieux). Un quart des enfants d'origine africaine connaissent des retards dans leur développement contre seulement 4% des "blancs" ou indiens. L'étude montre aussi la disparité des chances fonction du milieu, du revenu, de l'éducation des parents. Une étude complète, sans tabous, qui serait pourtant impossible à réaliser en France : écossais, Bangladesh, blancs, pakistanais,... les questions sur la race sont jugées ... racistes. Bien gérées de façon anonyme, c'est pourtant ce qui manquait selon certain pour bien cerner l'état des banlieues françaises il y a un an.
Petite digression au passage, cet article me donne juste l'occasion de faire un point sur les différentes écoles en Angleterre.
Les Comprehensive school : Ouvertes à tous, ce sont les écoles d'Etat, qui accueillent les élèves sans discrimination
Les Grammar schools : Sélection vers 11 ans à la suite d'un examen appelé eleven plus que passent les élèves (environ 10% sont admis en grammar schools). La plupart des politiciens anglais sont passés par des grammar schools (système spécialement mis en avant par les Tories, d'où leur rébellion lorsque leur nouveau leader, David Cameron, a récemment annoncé ne plus vouloir en construire).
Les Independent schools ou Public schools : tout simplement les écoles privées.
Et dire que j'en parlais il y a 2 ans
vonric | 12 août, 2007 22:59
Voila, pour une fois je vais vous raconter deux trois choses un peu personnelles, (et qui n'ont rien à voir avec le Royaume Uni ou le monde anglo-saxon) ; ça permet de planter le décors. Lorsque je suis à Paris, j'ai mes habitudes dans le 17ème arrondissement, à coté de la station Villiers. C'était d'ailleurs ce dernier point qui faisait l'objet de mon premier poste il y a 2 ans. Il dérogeait un peu de ce qui est devenu la norme sur ce blog la plupart du temps : une analyse politico-sociale de l'Angleterre, en liaison si possible à des évènements similaires en France (ou plutôt quelques réflexions personnelles que j'aime mettre en forme, ça permet d'ordonner mes pensées parfois confuses ).
Bref donc à l'époque je venais de voir la station de métro Villiers changer d'aspect, montrant le visage d'une station pilote où il n'est plus possible d'acheter son billet autrement que par machine, et où les guichetiers sont devenus des personnels d'accueil et d'information uniquement. L'honnêteté m'oblige à reconnaître que deux ans plus tard, les avancées promises en terme de moyens de paiement ont été mises en place (paiement en billet possible et recharge des pass Navigo). Ce n'est pas suffisant car on peut malheureusement constater que les machine n'acceptent pas la plupart des cartes étrangères tout simplement parce qu'elles n'ont pas de puce (ça fait désordre pour la capitale du tourisme). En tout cas, en réponse à un commentaire de Nico je disais "Tu verras que cette histoire ressortira peut être lorsque la RATP aura transformé la majorité des stations et que les médias s'y intéresseront...".
Et bien je suis tombé sur un article de Libération là dessus fin juin. L'article pose cette fois ci la question de la fracture numérique :
"A Alésia, comme dans 75 stations du métro parisien, les agents ne sont plus habilités à vendre les titres de transport. Il y a toujours des employés aux guichets, mais leur fonction a changé : les anciennes caisses ont été rebaptisées «comptoirs d’information». Leur tâche est de communiquer avec les usagers. Ça fait moderne. Mais pour se procurer des tickets, c’est la machine ou rien. La direction de la RATP prévoit à l’horizon 2010 d’étendre cette automatisation à la plupart des 300 stations du métro parisien. La vente manuelle serait préservée dans une cinquantaine de sites, en particulier aux arrêts desservant les gares SNCF. Cette «modernité» à marche forcée imposée aux usagers est évidemment problématique dans un service public qui brasse le plus grand nombre.
Depuis quelques années, en effet, de nombreuses études alertent sur l’apparition d’une nouvelle exclusion fondée sur les disparités de maîtrise des nouveaux outils technologiques. [...]. Parmi les exclus : les personnes très âgées, les étrangers, et des Français issus de couches socioculturelles défavorisées maîtrisant mal la lecture. [...]
Quid des gens en difficulté ? «Les agents sont là pour les aider.» Ce qui fait d’eux des voyageurs en situation de dépendance, donc. «On n’avait jamais jusqu’ici contraint les usagers à l’utilisation d’appareils automatiques», pointe Stéphane Ferry, un des responsables CGT des agents. En poste dans une station automatisée, il raconte que les employés des «comptoirs d’information» subissent fréquemment les foudres d’usagers fâchés avec les machines. «Ils nous disent : si vous ne pouvez pas me vendre un billet qu’est ce que vous faites là ?» Un témoignage qui montre une réalité moins idyllique que les «sondages qualitatifs» de la direction."
En conclusion citons le commentaire d'un lecteur (thalyssette) qui résume bien mon opinion (je grasse) :
"Je n'ai rien contre les distributeurs automatiques et il est vrai que les machines sont parfois plus aimables que certains guichetiers... Mais il devrait quand même y avoir vente au guichet ET distributeur. Je ne suis pas une personne âgée, ni une analphabète, ni une angoissée devant les nouvelles technologies, mais je ne vis plus en France. Donc, il m'est arrivé de devoir prendre un ticket au distributeur, sans monnaie le distrib n'accepte pas les billets, et ma carte Visa belge n'était pas reconnue (problème de puce je suppose) au distributeur. De plus, lorsque vous êtes touriste, étranger ou provincial, à Paris pour quelques jours, vous aimeriez bien connaître la formule la plus avantageuse pour vous balader dans Paris en bus ou en métro, ou en bus métro RER etc, et ça, ce n'est pas la machine qui va vous le dire. Que "Paris Visite" soit moins avantageux que "Mobilis 3 zones" , ou le contraire, pour vos déplacements en proche banlieue pendant 3 jours, c'est le guichetier qui vous le dit. Alors, il faut faire la queue au "guichet d'info' puis refaire la queue au distributeur, pour se rendre compte que vous 'n'avez pas de monnaie et que votre carte visa qui n'est pas franco française n'est pas reconnue par cette brave ratp ? Débile. "
No crocs, no flip flop please
vonric | 12 août, 2007 18:23
Because they are ugly... and also because they are dangerous. So please, London is not a fashion capital, I know that, but at least be cautious!
Quand Copernic voudrait être américain
vonric | 05 août, 2007 13:18
La semaine dernière je passais la vidéo de Bill Maher vantant les mérites de la France. Pour continuer sur le terrain des vidéos (et parce que beaucoup sont en vacances, donc il faut se détendre), voici deux nouveaux extraits :
Celle pour laquelle Copernic se retournerait dans sa tombe en tapant des points de désespoir au cri de "et pourtant je l'avais dit il y a 500 ans !!!!" - Honte aux français[1]
La deuxième montre que certains américains sont tout de même de sacrés... smart-ass ! un seul mot : BRAVO
[1] C'est pas possible, le publique devait être de mèche pour le faire perdre, ou plus simplement a décidé de voter n'importe quoi tellement il est con ! Sacré JPF qui devait avoir une sacré envie de se tordre de rire.
Comme près de 300 000 Français (!) je vis à Londres. Parisien de naissance, j'essaye de profiter de cette double culture pour porter un oeil critique ou souligner des points sympathiques qui peuvent toucher les deux côtés de la Manche. A vous de juger ...et de commenter ;-)