Mirador
vonric | 22 novembre, 2009 15:27
Je vous laisse méditer sur cet article trouvé dans le Libé du 7-8 Novembre:
Il y a ainsi «la Vigie». C’est une personne - appellée encore «Madame Mirador» - placée au milieu du plateau et qui vérifie «de visu et sur son écran si on ne met pas trop de temps pour décrocher un appel, si on ne s’attarde pas trop avec un client, si on ne se met pas trop souvent en wrap-up [suspension de la prise d’appel pour annoter le dossier d’un client, ndlr]». Pour chaque type d’action - pause toilette, pause pour aider un collègue, pause pour formation - le salarié appuie sur un bouton différent. Tout est renvoyé sur la console de Madame Mirador… La Vigie est elle-même sous le contrôle de «l’Hypervigie», qui veille, sur écrans et à distance, sur plusieurs plateaux.
Autre couche de contrôle : l’outil de pilotage PPP (Performance-prévision-planification) : «Il enregistre tout ce qui se passe sur un plateau. Un retard d’une minute est répertorié. Cela aboutit à aller chercher les gens qui ne sont pas à leur poste ou à les appeler sur leur portable», explique la syndicaliste. Et elle enchaîne avec Calabrio. Un outil que le manager interroge pour autoriser ou non un salarié à poser un congé, déniant au manager local, accusent les syndicats, toute marge de manœuvre.
Ambiance...!
Désolé, Sarkozy - vous ne me donnez pas envie de revenir en France
vonric | 15 novembre, 2009 15:33
Marie Ndiaye déclarait dans un interview le 30 août 2009 :
"Je trouve cette France-là monstrueuse. Le fait que nous (avec son compagnon, l'écrivain Jean-Yves Cendrey, et leurs trois enfants - ndlr) ayons choisi de vivre à Berlin depuis deux ans est loin d'être étranger à ça. Nous sommes partis juste après les élections, en grande partie à cause de Sarkozy [...] Pour moi, ces gens-là, ils représentent une forme de mort, d'abêtissement de la réflexion, un refus d'une différence possible. Et même si Angela Merkel est une femme de droite, elle n'a rien à voir avec la droite de Sarkozy : elle a une morale que la droite française n'a plus."
Deux mois et quelques jours plus tard, elle recevait le prix Goncourt pour «Trois femmes puissantes», paru chez Gallimard.
Et voilà qu'Eric Raoult, au mépris complet de l'enchaînement des événements, déclare :
"M. Éric Raoult attire l'attention de M. le ministre de la culture et de la communication sur le devoir de réserve, dû aux lauréats du prix Goncourt. En effet, ce prix qui est le prix littéraire français le plus prestigieux est regardé en France, mais aussi dans le monde, par de nombreux auteurs et amateurs de la littérature française. À ce titre, le message délivré par les lauréats se doit de respecter la cohésion nationale et l'image de notre pays. [...] C'est pourquoi il lui paraît utile de rappeler à ces lauréats le nécessaire devoir de réserve, qui va dans le sens d'une plus grande exemplarité et responsabilité."
Je vous laisse savourer non seulement la pure invention d'un droit de réserve dû, non aux, mais par les lauréats du prix Goncourt (délivré en novembre alors que les propos sont d'août) mais l'aberration juridique et l'opportunisme politique qui permettent au député-maire de Raincy, deux fois ministre, et aujourd’hui vice président de l’assemblée nationale, de recevoir le prix Busiris avec la mention très déshonorable. Peut être cela l'incitera-t'il à faire preuve de réserve la prochaine fois...
C'est donc en écho à cette polémique que je retranscris ci-dessous un article lu dans le Evening Standard du 6 Novembre 2009:
Un aspect déconcertant à être parmi les 300.000 expatriés français de Londres, est d'entendre constamment Nicolas Sarkozy me supplier de rentrer en France.
Le Président l'a fait quand il est venu ici en Janvier 2007 pour chercher les faveurs des électeurs expatriés français.
Il insiste encore sur le fait que Londres n'a pas le droit d'être l'une des plus grandes villes gauloises en Europe, en faisant valoir que les mêmes perspectives sont disponibles de l'autre côté de la Manche.
Exactement à mi-parcours du mandat de cinq ans de Sarkozy, il est parfaitement clair qu'elles ne le sont pas.
En tant qu'algérienne-française originaire de l'une des banlieues les moins salubres de Paris, je peux observer que la fameuse "Sarko Révolution" n'a rien fait pour relancer la méritocratie.
Au lieu de cela, les affirmations que «l'égalité» est toujours une pierre angulaire de la République ont été ridiculisées par la récente tentative de Sarkozy de parachuter son fils Jean, 23 ans, au poste de président de La Défense, l'équivalent de la City de Londres.
Alors que mon CV, dans une France sans couleurs, a régulièrement été examiné pour un code postal indésirable et des liens vers l'Islam radical, j'ai à peine eu à en fournir un durant mon séjour en Grande-Bretagne.
Les intervieweurs se sont concentrés sur ce que je peux faire, me proposant, dans les deux dernières années, un contrat pour produire un documentaire de Channel 4 et un poste d'enseignant à l'Université Oxford.
Des invitations pour discuter des affaires en cours sont venues rapidement de la part des agences de presse, y compris la BBC - ce qui n'aurait jamais été vu dans un média français dominé par les blancs, hommes et des femmes d'âge moyen venant des arrondissements privilégiés de Paris.
Alors que les plus jeunes membres de ce cercle, comme le "Prince Jean" montent leur carrière à Paris - ainsi que dans les grandes écoles qui éduquent l'élite dirigeante - Londres a un dossier admirable pour donner au tout-venant une chance.
La ville, avec son économie dérégulée et son approche libérale d'accumulation des richesses, attire naturellement les financiers, mais aussi de nombreux autres personnes, allant du journaliste au personnel de restauration, qui peuvent bénéficier de son approche de l'emploi basée sur "ce que l'on peut faire".
Pendant ce temps, Nicolas Sarkozy affiche son approche personnelle de l'intégration par l'embauche et le licenciement d'une succession de symboles des minorités ethniques, tels que la très décriée ancienne ministre de la Justice Rachida Dati, de manière à créer l'illusion d'un cabinet "arc-en-ciel".
Au moins la réputation de Nicolas Sarkozy comme "Premier Flic" reste intacte, avec des milliers de jeunes travailleurs - et en particulier des musulmans et des personnes d'origines africaines - parqués dans des logements sombres, où le taux de chômage chez les moins de 30 ans se heurte souvent à 60 pour cent.
Notre célèbre Première dame, Carla Bruni - décrite la semaine dernière comme nouvelle Marie-Antoinette en France - vient aussi avec ses propres trucages, en créant une fondation, officiellement destinées à renforcer l'égalité. À ce jour, sa charge de travail reste aussi légère que le poids de Carla.
Ce qui est certain, c'est que le mode de vie "Bling Bling" très privilégié du couple présidentiel n'a aucun rapport avec la promesse électorale de Nicolas Sarkozy de créer une France de ceux qui «se lèvent le matin et de travaillent dur».
Peut-être même que la seule réelle amélioration au sortir de Paris depuis l'élection de Sarko en Mai 2007 est la vitesse de l'Eurostar, qui met maintenant 20 minutes de moins pour venir ici.
Londres est peut-être surpeuplé, sale et coûteux, mais pour d'ambitieux jeunes Français c'est une destination qui reste aussi populaire que jamais - et de laquelle nous ne sommes pas susceptibles de revenir de sitôt.
Bac vs A Level
vonric | 08 novembre, 2009 11:06
La citation du jour:
"Je pense que les A-levels ont été dévaluées. Je pense qu'il y a une
spécialisation trop précoce, franchement, et je pense que des choses
comme le baccalauréat international offrent une gamme plus large pour les
étudiants sur les matières de base."
Ce n'est pas moi qui le dit mais Sir Michael Rake, le chairman de BT, dans un article du Evening Standard. Il ajoute: "Je pense que l'éducation est devenu l'objet d'un dogme politique.
Je pense que nous devons comprendre que nous avons un problème."
Personnellement il aurait du me demander plus tôt, car pour un étranger, c'est comme le nez au milieu de la figure. Quand on voit que Tony Blair supprimait les langues au GCSE pour en améliorer le taux de réussite, et que les notes du A-Level sont tellement élevées qu'il a fallut inventer une nouvelle notation pour départager les candidats, on se serait alarmé à moins.
Tony Blair président ?
vonric | 01 novembre, 2009 12:20
Ce billet est publié le dimanche, mais comme mes lecteurs attentifs le savent, il est souvent rédigé un peu avant (sauf quand je suis grave à la bourre). J'avais donc commencé celui ci mercredi matin, puis laissé de côté, pris par autre chose (non, pas la sieste).
Mais on est toujours mercredi, il est 16h et je viens de recevoir un email d'un quotidien britannique qui me demande de commenter un article publié ce soir sur la possibilité pour Blair de devenir le premier président de l'Union Européenne (150-100 mots! ). Aie, la pression !
Cela fait un moment que l'on parle de Tony Blair comme possible futur président de l'UE. En fait la communication semble avoir été si bien faite en France par les services de l'Elysée (il y a 2 ans Sarkozy parlait de Blair à Lisbonne en ces termes : "c’est un homme très remarquable. Il est le plus européen des Anglais. Je ne connais pas ses intentions, mais que l’on puisse penser à lui, c’est assez intelligent" ) que je me suis aperçu récemment, en discutant avec quelques amis, que ceux ci étaient persuadés que c'était pratiquement fait, en tout cas inéluctable. En fait on en est loin, je dirais même que non seulement depuis le début Blair ne correspond pas au rôle, mais il a maintenant clairement du plomb dans l'aile. En tout cas, si lobbyisme il y avait sur une candidature, celle de l'ancien premier ministre britannique a fait pshiiiit comme aurait dit un autre.
Dès le début du mois d'octobre, le ministre des affaires étrangères du Luxembourg, Jean Asselborn, déclare au quotidien allemand Süddeutsche Zeitung que "Tony Blair n'a, ni sur les questions relatives à l'Union européenne, ni sur les grands thèmes politiques mondiaux, l'envergure souhaitable ". Le 10 octobre le chancelier autrichien, le social-démocrate Werner Faymann, déclare: "nous avons besoin d'un candidat qui n'est pas pour Bush, mais pour Obama" (allusion claire à la guerre en Irak). La Belgique (dont la candidature de son premier ministre, Guy Verhofstadt, en juin 2004 à la présidence de la Commission, a été sabordée par Blair qui a manœuvré pour y placer Barroso qui le soutenait dans la guerre en Irak) et les Pays-Bas sont sur la même longueur d’onde. Et surtout, comme l'écrit Jean Quatremer sur son blog, aucun de ces pays n’aurait été aussi loin dans le refus de Blair sans le soutien de l’Allemagne.
Ces réticences ne datent pas de cet automne. En France même, malgré la volonté présidentielle, des voix discordantes se sont faites entendre dès 2008. Blair "ne peut pas être le symbole d’une Europe qui veut exister", estime ainsi Édouard Balladur. Pour Valéry Giscard d’Estaing, qui présida la convention chargée de rédiger le projet de feu la Constitution européenne, "le futur président doit […] appartenir à un pays qui respecte" toutes les règles européennes. "Le choix de Blair me semble vraiment très, très difficile. Comment défendrait-il l’euro, qui conditionne notre croissance, dans les grandes discussions internationales ?", ajoute Axel Poniatowski, président de la commission des affaires étrangères de l’Assemblée.
Il faut dire que le bilan de Tony Blair au niveau européen est bien maigre. S'il a toujours communiqué son envie d'Europe (communiquer est une seconde nature chez Blair), il a peu fait, et c'est un euphémisme. Élu en 1997 avec une aura inégalée, les Anglais vous confirmeront qu'il aurait put tout faire passer dans les premiers mois tant le rejet des Conservateurs était grand. Au lieu de cela... rien ! La faute à Gordon Brown, anti-européen selon certains. Mais c'est oublier bien vite que gouverner, c'est décider, faire des choix. Tony Blair a clairement fait le choix de sacrifier l'Europe pour sa popularité et sa longévité gouvernementale:
Pour rappel, je citais ici les nombreuse dérogations dont bénéficie le Royaume Uni en matière de politique européenne :
- Opt-out du volet social du traité de Maastricht en 1992
- Opt-out du traité de Maastricht instituant la monnaie commune européenne
- Opt-out sur la directive européenne instituant une limitation des heures de travail hebdomadaires
- Opt-out sur la charte des droits fondamentaux (partie II du feu TCE)
- Opt-out sur la politique étrangère commune de l'Europe
- Opt-out sur une harmonisation européenne de la fiscalité
À cela s’ajoute le fait qu’elle n’est toujours pas membre de la zone euro, contrairement à ce que Blair avait promis lors de son arrivée au pouvoir, ni de l’espace Schengen de libre circulation (pour exemple, la Suisse, non membre de l'UE, intègre plus de concepts européens).
Quand à la soit-distante reconnaissance dont bénéficierait Blair sur la scène internationale, et auprès des "grands" de ce monde, il suffit de remarquer que son intervention comme envoyé spécial au Proche Orient est resté plus que confidentielle, sinon passée totalement inaperçue.
Vendredi 16 octobre, Jean-Claude Juncker, le Premier ministre du Grand Duché et président de l’Eurogroupe déclare aux journalistes qui l'entourent: "Je ferai tout pour qu’une certaine personne ne devienne pas président du Conseil européen". Il se serait écrié "Blair je te vois", l'effet aurait été le même.
D'ailleurs le Luxembourgeois est officiellement candidat depuis mardi 27.
Lundi le feu a pourtant été ravivé, puisque David Milliband, le chef de la diplomatie britannique, a officiellement pris position faveur de Tony Blair : "Nous avons besoin d’un leadership fort pour y parvenir". Depuis la presse britannique ne cesse d'en parler... et surtout de relayer la très grande opposition, signe de l'impopularité de l'ancien premier ministre britannique dans son pays. Les Conservateurs, que tous les observateurs voient au pouvoir à l'issue des élections parlementaires de mai prochain, se sont déclaré violemment opposé et verraient d'un très mauvais œil cette nomination.
MISE A JOUR 02/11/09: Le débat a agité la presse britannique pendant toute la semaine qui vient de se terminer comme vous pouvez le voir ici.
Autre sujet européen dans la presse outre-Manche aujourd'hui: les dépenses pharaoniques de la présidence française de l'union Européenne. Et comme on peut toujours raconter n'importe quoi à condition d'être un bon europhobe, je vous livre tel quel la grosse connerie ce qu'écrit le correspondant politique du quotidien gratuit Metro: "The French president had a £250,000 shower built for him using European taxpayers' money - only for it to be torn down, unused, days after being completed, it was revealed yesterday." Sauf que, c'est bien assez scandaleux comme cela, c'est en fait l'argent du contribuable français uniquement !
Pour tout savoir sur la douche-qui-n-a-jamais-servi, qui a coûté (avec bureau équipé ) 245 572 euros, et sur les autres dépenses relevées par la Cour des comptes (saisie par la commission des finances du Sénat, qui a
rendu un rapport sur la présidence française de l’UE au second semestre
2008 ) je conseille vivement la note d'Eolas qui écrit notamment :
"Passons sur le fait que le logo de la présidence a été payé 57.000
euros à Philippe Starck pour représenter… un drapeau français à côté
d’un drapeau européen (quel génie ! ). Quand on voit qu’aujourd’hui,
pour 41.000 euros, on n’a même pas un site internet potable. Tout au
plus regrettera-t-on que le logo a été sous-traité ce qui le contrat ne
permettait pas, et que le cahier des charges
excluait que le logo représentât… le drapeau français et le drapeau de
l’UE. Quand on est un génie, on ne lit pas le cahier des charges."
On ajoutera que le logo rappelle furieusement la photo officielle du président (ah, flatterie quand tu nous tiens ! ).