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Lorsque les politiques nous prennent pour des idiots
vonric | 14 mai, 2006 20:56
Une
des occupations de nos hommes politiques (et peut être l'explication de
la désafection des concitoyens pour la chose publique) est l'énnoncé de
mesures chocs, de "petites phrases", bref, de faire de la com'.
L'astuce est de miser sur le fait que personne de viendra gratter
véritablement pour vérifier les propos avancés préremptoirement, et ça
marche !
Prenez par exemple Nicolas Sarkozy qui se vantait d'avoir abrogé "la
double peine", qui consiste à sanctionner un étranger
délinquant par une peine de prison ET une interdiction du territoire,
tandis qu’un délinquant français n’aura que la peine de prison ; alors
que la gauche n'avait rien fait pendant des années contre cette rupture
de l’égalité scandaleuse. En fait il n'y a pas eu d'abrogation, comme
nous l'apprend Maitre Eolas. Tout ça c'est de la com' ! Et pour s'en apercevoir, il fallait tout simplement analyser sur ce point la circulaire
NOR/INT/D/04/00006/C du 20 janvier 2004 expliquant aux préfets les
apports de la nouvelle loi (page 43) :
Au terme de cette
présentation de la réforme de ce qu’il est convenu d’appeler, dans le
grand public, la « double peine », il y a lieu d’indiquer que la loi
n’emporte aucune modification du régime de répression des infractions à
la législation sur les étrangers.
Voilà donc ce qu'on appelle réformer courageusement de nos jours !
Tony Blair est même adepte de ces
revirements. La presse anglo-saxone (de qualité) a beau jeu de relever
ces incohérences ou contre-vérités, il semble que le Premier Ministre
s'en sorte toujours. N'a-t'il pas gagné ainsi le surnom de "Teflon Tony" ?
Ainsi sur la réforme des top-up/tuition fees
qui réformait les droits d'inscription universitaires en Angleterre en
les portant à £3000 par an (et oui, vu de France on croit rêver), certains membres de son parti ont refusé de voter sa loi au parlement, car elle contrevenait à la promesse de ne pas toucher aux droits universitaires (écrite noir sur blanc dans le manifeste du parti pour les élections de 2001) : "We will not introduce 'top-up' fees and have legislated to prevent them." En fait selon lui il fallait lire : "We will not introduce 'top-up' fees and have legislated to prevent them [for the duration of the next parliament 2001-05 only]". Le passage en gras n'était pas indiqué, mais comme Tony Blair y
avait pensé très fort, c'était tout comme.
Autre moyen de défense, la définition
même de "top-up" fees. Ainsi, alors qu'il était invité à un débat
télévisé peut avant les élections de 2005 et qu'un jeune lui demande
pourquoi il a renié sa parole et implémenté les top-up fees, téflon Tony ne se démonte pas. Il lui répond simplement qu'il a mal compris la définition du mot top-up, et que les frais qui ont été introduits
devraient en fait être appelés variable fees car les top-up
fees qui n'ont aucun plafonds ont, eux, été interdits. Et hop,
pirouette cacahouette vient ici que je t'embrouille, en fait c'est ta
faute tu as mal lu !
[Notez aussi que les deux lignes de défense
sont contradictoires car si la promesse ne concernait pas la nouvelle
loi sur les frais universitaires, pourquoi souligner que sur la
législation 2001-05 celle ci n'a pas été cassée ?]
Mais déjà en 1997 la rétorique de Tony Bliair avait été mise à
l'épreuve. Le manifeste s'était bien gardé de toute allusion aux
tuition fees, mais dans un article du Evening Standard quelques
semaines avant les élections, une question était "Will Labour introduce tuition fees for higher education?"
et la réponse de Tony Blair fut : "Labour has no plans to introduce
tuition fees for higher education." Mais attention, ici les mots "PAS DE PLAN" ne signifient pas "PAS DE
TUITION FEES" hé hé hé ! C'est assez tordu mais il parait que certains l'on crut.
Mais tout cela fait maintenant partie de la politique, du "spin" comme on dit en anglais. Ils correspondent à ce que l'on appelle des non-denials denial.
Wikipedia explicite ainsi l'expression : The phrase is particularly associated with politics and means in effect "something made to sound like a denial without actually being one."
One common definition of the word "lie"
is "something meant to deceive or give a wrong impression," and by this
standard, a non-denial denial is a lie, even if the words are literally
true. It is, of course, very difficult to prove that such a statement
is a lie unless the issuer of the statement later acknowledges an
intent to deceive."
Un très fameux example (en plus de celui de Tony Blair sur les droits d'inscription universitaires présenté plus haut, ou encore celui de Nicolas Sarkozy) est celui de George Bush (le père... oui, déjà) en 1988 avec le fameux : "Read my lips: no new taxes", discours dans lequel il promettait l'absence de nouveaux impôts. Lorsque Bush releva ceux-ci plus tard, de nombreux électeurs crièrent au scandale. Mais Bush n'avait jamais dit qu'il n'augmenterait pas les impôts existants ; seulement qu'il n'en créerait pas de nouveaux, ce qu'il n'a pas fait !
Heureusement, dans la masse de la presse bien pensante, il y a encore quelques esprits critiques et affutés : Le Canard Enchainé, l'émission Arrêt sur Images de France 5 (qui a bien relevé le traitement complètement déformé de TF1 sur le CPE allemand ... mais passe sous silence la présentation identique de France 2 - solidarité de groupe ?) ou Private Eye, qui peuvent parfois nous révéler des perles.
* Ah, au sujet de promesses, je souligne cette bonne blague : le nouveau livre de Jean-François Coppé est titré "Promis, j’arrête la langue de bois".
On sait que les promesses n'engagent que ceux qui les croient, mais ici
le politique montre au moins qu'il n'est pas dénué d'humour 