France/UK: la poste, même combat
vonric | 04 octobre, 2009 13:34
Cela fait longtemps que je pensais en parler, faire un article de fond là dessus, un truc sérieux un peu genre à la Nemo. Mais le temps (et je dois avouer, un grand coup de flemme depuis quelques jours).
Donc je vais un peu céder à la facilité et citer quelques articles pêchés ici et là en guise de réflexion.
Quelques réflexions: Je ne me prononcerai pas sur le bien ou le mal d'une privatisation rampante de la Poste ; je me permettrai toutefois de signaler que l'Histoire ne plaide pas en faveur de la privatisation de grands services publics. Il suffit de voir la catastrophe du train en Grande Bretagne dont malheureusement je vois les conséquences tous les jours. La raison voudrait que l'on ne privatise que des services sur lesquels il peut y avoir une vraie concurrence: pour les trains, il faudrait mettre 2 rails côte à côte pour pouvoir faire rouler 2 trains en concurrence. Pour les autoroutes, il faudrait 2 autoroutes côte à côte pour que l'automobiliste puisse véritablement choisir le meilleur réseau lorsqu'il veut rejoindre A à B. Sans cela, que se passe-t'il lorsque l'entreprise privée disparaît, soit parce qu'elle fait faillite, soit parce qu'elle considère le service comme non rentable ? Et bien l'État, c'est à dire nos impôts, doit s'y substituer. peut être réaliser les investissements nécessaire à la continuité du service et que l'entreprise privée n'aura pas effectué, sur un principe de rentabilité de court terme et de rémunération de ses actionnaires.
Dans le cas d'un service postale privé, que se passerait-il des Postes non rentables. Une entreprise privée fermerait ses succursales sans profit, ou tout au moins réduirait le service: une distribution de courrier tous les 2 jours, 1 fois par semaine...etc. Si cela est jugé inacceptable... et bien l'État devra mettre la main à la poche pour rétablir le service, ce qui équivaut à demander au citoyen de payer à nouveau pour rétablir un service qui périclite, tout en ne bénéficiant plus d'activité plus rentables pour l'équilibrer, qui resteraient, elles, privatisées. Le fameux: on privatise les profit et nationalise les pertes.
En France le débat fait rage, puisqu'on est en plein dans l'actualité avec l'organisation d'une "consultation" cette semaine sur le projet du gouvernement.
Sur le principe de la consultation, je n'ai pas l'esprit chagrin d'Authueil qui parle d'escroquerie démocratique. Il s'agit ni plus ni moins d'une pétition géante, que ses auteurs on le merite de présenter sous un jour flatteur afin d'y apporter le plus de visibilité possible et de porter leur message. Je dis bravo et salut l'organisation.
Sur les assurances apportées par le ministre Estrosi, que dire... Un grand éclat de rire peut être ? Comment croire sérieusement celui qui il y a encore peu assurait ses électeurs à la mairie de Nice qu'il se consacrerait 100% à celle ci. Comme le rappelle à juste titre Nicolas Demorand, il est à bonne école, puisque c'est Sarkozy qui assurait les Français lorsqu'il était lui même ministre que jamais GDF ne serait privatisé. on connaît la suite. De toute façon la capacité de mensonge des politiciens ne cessera d'étonner. Sur ce même interview d'Estrosi raconte tout simplement n'importe quoi comme le démontre Jean Quatremer.: toutes les directives ont été votées par la France au niveau de l'UE, que ce soit par des gouvernements de gauche ou de droite.
De l'autre côte de la Manche, l'inquiétude est plutôt sur les fermetures de bureaux de poste. On ne compte plus les campagnes "Save our post office". De nombreux bureaux ferment en effet en Angleterre, où la poste est accusée de faire d'énormes pertes. (mais un service public doit-il forcément être rentable ?).
Une amie anglaise m'indiquait récemment qu'elle ne s'étonnait pas des difficultés de la poste et de la baisse du trafic la plupart du temps avancée pour expliquer les pertes, du fait du développement des échanges sur Internet. Mais un article de Rue89 (sur la France, mais qui doit aussi bien s'appliquer sur la situation britannique) remettait les pendules à l'heure:
Le courrier ne se porte pas si mal, d'abord au niveau chiffre d'affaires :
* 2004. 10,87 milliards d'euros
* 2005. 11,24 milliards d'euros
* 2006. 11,31 milliards d'euros
* 2007. 11,57 milliards d'euros
* 2008. 11,31 milliards d'euros
En terme de trafic, le recul est régulier depuis 2003 :
* Entre 2003 et 2007. -1% par an
* 2008. -3 %
* 2009. Entre -5 et -6%
Traduit en volume de documents acheminés, cela donne :
* 2005. 28,6 milliards
* 2006. 28,4 milliards
* 2007. 28 milliards
* 2008. 27 milliards
L'explosion de la vente en ligne dope le trafic des colis
A l'inverse, le développement de l'e-commerce a tout simplement fait exploser l'activité colis, plus rentable que celle du courrier : Le chiffre d'affaires du Colis Express (cela regroupe le Chronopost spécialisé dans la livraison rapide en 24h et le Colisposte livré en 48h) en témoigne :
* 2004. 3,48 milliards d'euros
* 2005. 3,68 milliards d'euros
* 2006. 4,17 milliards d'euros
* 2007. 4,5 milliards d'euros
* 2008. 4,7 milliards d'euros
Le web est donc en train de sauver une activité qui est très européenne, car une grosse partie de la vente en ligne vient d'Allemagne ou d'Italie. Geopost, qui regroupe les filiales « express » de La Poste en Europe, est le deuxième opérateur du continent sur ce créneau. Les chiffres du trafic concernant les colis (livraison en 48h) :
* 2004. 250 millions de colis
* 2005. 260 millions de colis
* 2006. 263 millions de colis
* 2007. 274 millions de colis
* 2008. 270 millions de colis
Et pourquoi pas mettre en place des service publics Européens ?
MISE A JOUR: 9 septembre 2009:
Sur Politique.net: Comment le gouvernement a évité la possibilité d'un référendum d'initiative populaire pour le statut de La Poste
et une vidéo:
Si t'as pas de mention t'as raté ton bac
vonric | 11 juillet, 2009 19:12
Je paraphrase un peu une célèbre tirade humoristique de Séguéla. Je vais au Lycée de Londres dans quelques heures, retrouver la communauté française et célébrer (peut être sous la pluie) un peu en avance le 14 juillet. Mais je m'égare, car l'objet de ce billet n'est pas de parler de "Bastille Day" comme disent les anglais (nous verrons ça le jour venu), mais des résultats du bac.
En revenant de Paris il y a quelques jours, je lisais un article du Figaro (je sais, personne n'est parfait !) qui titrait: Près d'un bachelier sur 2 obtient une mention et qui commençait comme cela:
"Cette année encore, environ 47 % des bacheliers généraux auront
décroché une mention. «Ce n'est plus simplement le bac que l'on obtient
dans une pochette-surprise…» [...]
La proportion d'élèves qui obtient le bac général avec une mention
très bien est passée de 0,3 % en 1967 à 4,9 % en 2006, les mentions
bien de 4,4 % en 1967 à 13,6 %, les mentions assez bien de 27,1 % à
27,8 %."
Au Lycée Français de Londres, voici la répartition (il n'y a aucun échec):
Oui vous lisez bien: 84% de mentions très bien, bien ou assez-bien. On n'est plus à l'objectif the 80% d'une classe d'age avec le bac, on a dépassé le 80% avec mention !
Lorsque j'ai passé le bac (il y a trèèèèès très longtemps) il y a eu dans ma classe (Lycée avec 100% de réussite au bac scientifique) une mention Bien et deux mentions AB. Un ami me disait dernièrement (parlant de sa fille mention TB mais qui a raté sa première année de médecine): le curseur a bougé. A ce niveau, l'oscillation a du péter le quadrant !
En tout cas les Anglais pensent avoir trouvé la solution (j'en parlais ici) : ils ont inventé une nouvelle note, le A* (et il y aura peut être A** ensuite). Les Français pourraient introduire mention Excellent, puis mention Très Excellent ou Excellentissime si cela ne suffit pas ?
(je classe ce billet dans la catégorie : Propositions)
Et si le Royaume Uni rejoignait l'euro ?
vonric | 09 novembre, 2008 20:23
Je l'avais déjà évoqué il y a quelques semaines ici,
mais les cigales qui chantaient en Angleterre il y a encore 1 an n'ont
pas vraiment vu la bise venir. Et énième conséquence de la crise
financière, les monnaies sont touchées. La Livre Sterling qui valait
près de $2 en janvier devrait être très proche des $1.50 en novembre,
1.25 euros. Conséquence : le Royaume Uni, au PIB flamboyant fait grise
mine. Même le très conservateur Daily Telegraph le reconnaît, le pays a maintenant une économie plus petite que la France.
"The fall in sterling has a dramatic effect on the comparative size
of the UK economy, as when international statisticians compare country
sizes they do so in dollar terms. In the second quarter the UK's GDP
was worth £363.8bn. At that point, with the pound strong at around $2,
this equated to $727bn – narrowly ahead of France. However, at today's
exchange rate, UK economic output from the same period is worth just
$559bn, compared with $606bn in France and $494.7bn in Italy.
At
the start of the year, the UK was ahead of France, so news that, due to
the pound's fall, Britain has now dropped uncomfortably close to Italy
will be highly embarrassing."
Vous vous rendez compte ? Être à égalité avec l'Italie ? La honte pour le pays du New Labour !
L'ensemble
des pays de l'Union Européenne qui ont choisit de demeurer hors de
l'euro (c'était super bien nous assuraient les eurosceptiques) est
affecté. Le Danemark, dont la monnaie doit évoluer dans la bande
étroite de
+/-2,25% par rapport à l'euro dans le cadre du système de changes
européens, a du remonter ses taux à 5% (contre 3.25% dans la zone
euro), ce qui ne va pas aider l'économie du pays. C'est d'ailleurs dans
cet autre royaume que le très europhile Premier Ministre Rasmussen envisageait, au début de
l'année, de joindre sous peu l'euro (non désintéressé il est vrai
puisqu'on parlait de lui comme président de l'Europe).
Quand
aux pays à la porte de l'Europe, peu pressés d'y entrer il y a 2 ans,
les avis changent. Les Islandais majoritairement opposés alors seraient
actuellement 70% en faveur de l'adhésion.
J'attends le sondage en Angleterre pour savoir si l'Europe est toujours aussi détestée et accusée de tous les mots ?
Comme quoi, rien de tel qu'une bonne crise pour calmer les esprits chagrins ...
Ma facon de travailler
vonric | 08 octobre, 2008 17:46
... pourrait se résumer à ça.
Boire trop
vonric | 22 juillet, 2008 02:37
Bon d'abord il faut l'avouer : l'expression francaise "boire trop" est beaucoup moins percutante (oserais-je dire sexy) que l'anglais "binge drinking"... on préférera peut être "alcool défonce".
Outre Manche, le binge drinking (pratique qui consiste à ingurgiter un maximum d'alcool en un minimum de temps) est une pratique bien connue, à tel point que le maire de Londres a récemment pris des mesures pour interdire l'alcool dans les transports en commun (avec un succès mitigé comme je l'ai vérifié). Le Daily Telegraph nous apprend d'ailleurs (via une enquête de la NHS) que si 1/5 des jeunes de 11 ans ont récemment bu de l'alcool, on atteind 4/5 quand on interroge ceux de 15 ans. L'enquête montre qu'en moyenne les adolescents ont bu 6 pintes de biere ou l'équivalent d'une bouteille et demi de vin. Au passage on nous indique aussi qu'un quart a déjà consommé de la drogue (cela inclu le cannabis) et qu'un tiers fume. Poursuivant sa croisade contre le binge-drinking, Boris Johnson (le maire de la capitale) souhaite interdire à toute personne de moins de 21 ans l'achat d'alcool... et peut être même la fin de la sacro-sainte happy hour (demi tarif dans les bars en ebut de soirée) ! Une catastrophe ? La nécessité d'agir vite, de prendre de grandes mesures répressives, de médiatiser l'affaire (a fortiori si on peut faire un parallèle avec quelque violence) ? En fait, la consommation d'alcool chez les 11-15 ans serait en baisse de 26% en 7 ans. Par ailleurs le nombre de jeunes fumeurs est au plus bas depuis 1982 (date de 1ère enquête) et l'usage de drogues est aussi en baisse depuis 2001.
Actualité parallèle puisqu'en France Roselyne Bachelot est en guerre contre le "boire trop". Comme c'est la guerre, il faut être violent : "un jeune vomit, une fille manque de se faire violer, une autre de se noyer pendant que leurs camarades se battent", selon le spot de pub du ministère de la santé. Les mesure prises en France ? Fin de l'open bar (soirées, souvent étudiantes, où l'on peut boire a volonté ) mais les happy-hours restent (on n'est pas en Angleterre tout de même !). Selon la presse, la ministre aurait été affolée par les chiffres d'une enquête de 2005, montrant que 57% des jeunes de 17 ans auraient déjà été ivres. Pour cette madone qui, souvenirs, avaient brandit la bible en pleine Assemblée Nationale il y a près de 10 ans (débat sur le Pacs) [ERRATUM: j'ai du trop boire mais un commentateur me rappelle a l'ordre: c'est en effet Boutin qui a joué la Madone] il y a de quoi être effondré. Chuuuuut, ne rapporter pas à cette sainte nitouche les chiffres anglais, cela ferait passer les jeunes francais pour sobres.