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Coût du travail et flexibilité: donnant-donnant
vonric | 30 janvier, 2006 15:16
CNE, CPE,... la politique de lutte contre le chômage du gouvernement
Villepin semble prendre une voie à sens unique ces dernières semaines : pour lutter contre le
chômage, il faut de la flexibilité pour les entreprises - sus au salarié fainéant et rigide !
Des
contrats flexibles existent déja, et sont liés aux jobs d'intérim et
aux CDD. Pour ceux qui doutent de leur caractère précaire, je les
invite à essayer de louer un logement à Paris avec un de ces statuts.
Sans CDI pur et dur - dont la période d'essai est expiré - point de
salut (mais je doute que les membres du gouvernement actuel aient une
connaissance de ces difficultées). D'autre
part pour les personnes agées, cela a été mis en place dans le début des années
80. Un employeur peut licencier relativement facilement un salarié qui
a atteind 60 ans et a cotisé le nombre d'année nécessaires à sa
retraite à taux plein. C'est un CDI, mais que l'employeur peut rompre
sans motif.
D'ailleurs, dans le cas des personnes agées, ce ne sont pas forcemment les pays où la rupture du
contrat est la plus facile qui ont les taux d'emploi les meilleurs.
Dans les pays qui ont un taux d'emploi des vieux élevé, un
investissement très lourd sur l'amélioration des conditions de travail a été fait. Un travailleur
de 55 ans ne fera pas la même chose que celui de 25 ans.
Au
niveau du taux d'activité des jeunes, la
différence entre la France et l'Allemagne, par exemple, nous montre aussi que la
solution se situe plutôt au niveau de l'adéquation entre formation et
marché du travail. Les syndicats et le patronat
allemand arrivent à négocier avec les écoles des quotats des
formations, ce qui fait que le jeune diplomé est presque assuré de
trouver un débouché. Le dévelopement des liens avec l'entreprise (et
l'apprentissage) sont là des pistes autremment plus positives.
C'est en cherchant dans les modèles nordiques, qui prévoient une plus grande facilité de licenciement avec en contrepartie
une meilleure couverture chômage pour le salarié ainsi licencié, que
l'on pourra se pencher. Le modèle lie toujours deux choses : à
chaque fois que l'on donne aux entreprises plus de souplesse dans la
gestion des emplois, il y a une contrepartie, une nouvelle sécurité
pour le salarié (de la formation, une aide à la mobilité, une
meilleure indemnisation financière...). Et cette mise en place se fait
en
totale négociation avec les acteurs sociaux.
Force
est aussi de reconnaitre que c'est la gauche qui a beaucoup fait avec
cette démarche du donnant-donnant, avec justement les 35h. Au lieu de
privilegier l'un ou l'autre des corporatismes, le gouvernement Jospin a
accordé d'une part une réduction du temps de travail (effort demandé
aux entreprises) en contrepartie de permettre une plus grande
flexibilité, en terme d'heures supplémentaires et d'annualisation de celles ci (effort demandé aux salariés). Certains ne s'y étaient d'ailleurs pas trompés en dénoncant "l'annualisation
du temps de travail, c'est sa flexibilité accrue, c'est l'obligation
pour les salariés à travailler au rythme de la production et selon les
contraintes de l'entreprise".
Mais
sous un couvert idéologique, l'UMP a trouvé bon ton de tirer à boulet
rouge sur l'idée. Sans hésiter parfois même à insulter les Francais en
les traitant de fainéants. Ainsi Thierry Bretton déclarait
en 2005 : "Pour obtenir davantage de croissance, il faut également cesser de travailler de moins en moins". Comme si c'était voulu ! On faisait exprès ! De qui se moque t'on ? Je connais beaucoup d'exemples de
chômeurs de 55 ans qui voudraient bien travailler, mais aucune
entreprise ne veut d'eux !
C'est le mythe qui est véhiculé par une partie des employeurs, qui nous
fait croire que c'est la facilité de licencier qui permettra
l'embauche. Or un petit employeur regardera d'abord une donnée toute
simple : "Ais-je le moyen de payer un salaire".
A coté de cette flexibilité-précarité, on a donc le coût du travail représenté par les charges
payées par l'entreprise. Un article du Monde analyse les exonérations de charges et leur effet contrasté sur l'emploi.
Jusqu'à présent les différents mécanismes mis en place avaient surtout
pour but d'encourager les emplois peu qualifiés, et d'atténuer l'effet
des hausses du SMIC. Ces mesures auraient
"sans doute des effets positifs sur l'emploi, indique le CEE, mais
risquent de freiner les hausses de salaires". Selon le rapport,
l'arbitrage se fera alors entre "la quantité des emplois et leur
qualité".
En Angleterre, les charges patronales sont de 12.5%. En France on
tourne autour de 60%. Loin de se calquer sur le modèle britannique
(qui a montré ses limites en terme de services publics - hopitaux,
trains... - et par rapport à la catastrophe annoncée sur les
retraites), je pense qu'il y a suremment un système médian à adopter. Par exemple, une progressivité des charges
visant à soulager les PME (créatrices d'emploi) tout en gardant une
bonne protection des salariés. On pourrait imaginer un système ou les 5
plus bas salaires d'une société (quels qu'ils soient, afin de ne pas
encourager à la limitation des salaires) aient un taux de 10%, les 50
suivants un taux de 30 % puis 50% jusqu'à 500 et enfin 50% au dessus
(hors retraite). Evidemment je n'ai pas évalué le coût potentiel pour
l'Etat, mais je suis sur que ca permettrait aux PME de créer de
nombreux postes, et donc ceci compenserait cela.
Autre piste dont ont parlé récemment syndicats et MEDEF, une taxe sur la valeur ajoutée des entreprises.
Et pourquoi pas un mélange des deux ? Cela reprendrait l'idée qui a
bien fait ses preuves et est à la base de toute négociation et de tout
bon compromis : le donnant-donnant.
ah bon je voie que nous avons sursauté pour la même raison chez Ceteris Paribus.
ok pour la progressivité des charges - et si on doit prendre modèle sur le Danemark prendre l'ensemble de la formule, seulement ça coûte cher, et le montant des impôts est je croie en rapport, donc pas tout à fait ce qui est à la mode actuellement
En effet, mais a y regarder de plus pret Emmanuel faisait de l'humour (plutot 5e degré, j'ai pas tout compris ;-) !
En parlant du modele Danois, ca me fait penser a l'imposition - tres élevée - qui en découle ; et met bien en perspective les tenants du toujours moins d'impot.
D'ailleurs je ne pense pas que le modele Danois soit spécialement le meilleurs, mon propos est plutot de dire que lorsqu'on prend des mesures dans un sens, il est de bon ton non seulement de faire attention a l'equilibre des forces (ne pas avantager une catégorie au détriment d'une autre - demander un effort aux deux parties) mais aussi d'en discuter largement. Or justement il me semble que l'une des caractéristiques de Villepin, c'est son mépris pour la classe politique (rappelons nous qu'il n'a jamais été élu - chose impensable dans un gouvernement britannique) qu'il exprime par son utilisation a répétition de la procédure d'urgence, qui cantonne le travail parlementaire a son minimum.
Les économistes et politiques devraient t'écouter, un très bon article, merci !
La mise en avant de l'aspect donnant-donnant des 35 heures vs le tout pour les patrons du gouvernement actuel est en effet la clé du problème (et je peux éffacer mon projet d'article sur le sujet et just renvoyer vers le tien :).
Je suis curieux, comment se répartissent les cotisations & charges salariales et patronales obligatoires en angleterre ? Quel est le prix des équivalents privés de ce qui n'est pas payé de manière obligatoire (pour être honnête :) ?
Je suis a la disposition des politiques s'ils veulent des idées ;-) J'en reparle d'ailleurs dans un article demain [ http://vonric.blogexpat.com/blog/reflexion/2006/02/20/v... ] où je pense que les parlementaires ont parfois le nez dans le guidon, et voient à trop court terme sans penser - ou trop tard, cf Outreau - aux conséquences.
Les charges patronales sont de 12.5% au Royaume Uni. Il n'y a pas de décompte comme en France entre CSG, cotisations sociales, santé, retraite...etc.
En ce qui concerne la retraite, le salarié n'a pas l'obligation de cotiser a un systeme privé. Il peux juste compter sur le systeme public, qui ne dépend pas de son revenu (comme souvent en GB), et aujourd'hui percoit environ £500/mois pour sa pension. Depuis 2002 toutefois, l'employeur a l'obligation de proposer au salarié un système (le salarié peut toutefois refuser d'y cotiser). Bref je pense que sans réforme, on va droit dans le mur, et une génération de pauvres retraités va se retrouver à vendre sa maison dans 10 ans, d'où un crash immobilier... or l'économie anglaise est en grande partie soutenue par l'immobilier.
Par ailleurs, évidemment, quand on paye moins de charges on a moins d'argent pour les services publics. D'où les listes d'attente pour un traitement avec la NHS (si on a de l'argent, on cotise donc environ £1000 /an a une assurance privée).
Pour les transports, il suffit de se reporter à mon article ici: http://vonric.blogexpat.com/blog/reflexion/2005/11/07/u...
Vu sur le site
http://www.actuchomage.org
Danemark et chômage : le modèle danois n'a aucun mérite
En 2004, le Danemark a plus de préretraités (187 200) que la France (139 700) pour une population active dix fois plus faible. Avec les autres mesures de marché du travail, le nombre réel de chômeurs est 2,52 fois le nombre officiel. Le taux de chômage réel devient 14,65 % au lieu d'un taux officiel de 6,38 %. La tromperie est dévoilée.
Avec une évolution de sa population active identique à celle du Danemark depuis quinze ans, non seulement la France n'aurait plus aucun chômeur officiel, mais le chômage réel serait résorbé pour l'essentiel. Et cela sans introduire une plus grande flexibilité des contrats de travail.
Si de plus la France avait eu recours à la même proportion de préretraites que le Danemark (6,78 % de sa population active), le chômage réel aurait entièrement disparu et beaucoup d'emplois à temps partiel seraient redevenus des emplois à temps plein.
Inversement, si la population active du Danemark avait augmenté dans la même proportion qu'en France (+12,1%), tout en créant aussi peu d'emplois (43 600 en quinze ans), le nombre de chômeurs aurait augmenté de 372 500 et le taux de chômage réel serait devenu 24,0 % de la nouvelle population active (après son augmentation).
Comme l'on voit, le succès apparent du Danemark ne doit rien à la flexicurité, mélange de flexibilité et de sécurité (discours bien connu). En fait, le modèle danois n'a aucun mérite pour résoudre le problème du chômage, une fois enlevés les artifices qui cachent le chômage réel et encore moins en tenant compte de la démographie de l'emploi.
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Au Danemark en 2004, pour un nombre officiel de 176 400 chômeurs, 268 300 personnes étaient enregistrées dans les "mesures de marché du travail" (labour market policy measures), des préretraites pour l'essentiel.. Le chômage réel était donc de 444 700 personnes.
La population active étant de 2 766 300 personnes, le taux de chômage officiel était de 6,38 %. Mais, en réintégrant les 268 300 faux inactifs (préretraités ...) dans la population active, celle-ci devenait 3 034 600 personnes et le taux de chômage réel 14,65 %. Ce taux est un minimum, car ne prenant pas en compte les "invalides" pour raisons sociales.
En France en 2005, pour 2 420 000 chômeurs au sens de l'Anpe (catégorie Defm 1) et 2 717 000 chômeurs au sens de l'Insee, le nombre réel de chômeurs en équivalent temps plein était de 4 092 000, soit un taux de chômage réel de 14,53 % (compte tenu de la correction sur la population active) . Pour rester comparable aux données danoises, l'équivalent en chômage des emplois à temps partiel n'est pas pris en compte ici.
Voir l'article "Chômage officiel et chômage réel (2005)" sur le même site http://travail-chomage.site.voila.fr/chomage/chom_reel2005.htm.
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Le modèle français est le plus honnête en matière de chômage, ou le moins habile pour en cacher l'étendue, comparé au modèle danois, anglais ou hollandais. Le recours aux préretraites massives est utilisé au Danemark, l'invalidité pour raisons sociales (sans réelle invalidité médicale) est la mesure principale en Angleterre (Royaume-Uni) et aux Pays Bas, ce qui n'empêche pas l'utilisation d'autres mesures pour cacher l'importance du chômage. Dans ces trois pays, le chômage réel est de deux à trois fois plus important que le chômage officiel et se trouve comparable au chômage réel en France.
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Enfin, le Danemark produit et exporte du pétrole et du gaz, ce qui arrange beaucoup les finances publiques et permet de payer un nombre considérable de préretraites pour faire baisser le chômage apparent en diminuant la population active.
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Voir http://travail-chomage.site.voila.fr/danois/dk_merite.htm
pour un document trés complet et de grande qualité, avec des tableaux statistiques et les sources utilisées. D'autres aspects y sont aussi abordés : indemnités de chômage, coût du travail, durée effective du travail.
> En effet, cela vaut vraiment la peine d'aller voir le document original car tout est bien expliqué avec des informations sérieuses et issues des sources officielles (citées). Le texte peut être imprimé avec tous les traitements de texte (rtf)
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