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Politique anglaise et tabloids : Je t'aime, moi non plus
vonric | 11 janvier, 2006 14:49
Flashback en 2003 : le Sun publie des articles très agressifs contre "Labour's abject failure over asylum cheats" [L'échec méprisant du parti travailliste sur les tricheurs au droit d'asyle], au cours desquels il se déverse en propos orduriers sur le Home Secretary, David Blunkett.
Les éditorialistes du Sun le décrivent comme "daft" [idiot, fou] et les lecteurs sont prévenus que le "Sun fears for Home Secretary's sanity" [le Sun craint pour la santé mentale du ministre de l'intérieur] peu après que Blunkett, furieux, condamne la campagne du Sun pour son hystérie et son racisme.
Mais aujourd'hui, grâce aussi à un chèque très généreux, les relations sont on ne peut plus cordiales : les lecteurs du Sun (3,5 millions chaque jour en Grande Bretagne !) peuvent attendre avec impatience la nouvelle chronique de l'ancien ministre dans les pages du journal. Elle est d'ailleurs décrite comme "Mr Blunkett's candid and insightful analysis of the week's events" [L'analyse sincère et perspicace de M. Blunkett sur les évènements de la semaine].
Et le nouveau collaborateur est clairemment ravi de son nouveau rôle au sein du temple de l'hystérie et du racisme, déclarant : "Je suis impatient de me faire les dents dans ma nouvelle colonne du Sun".
David Blunkett rejoint donc la longue liste des politiciens anglais qui participent à cette presse dite de caniveau, ordurière et raciste : on citera ainsi William Hague, ancien leader du parti conservateur et membre du Shadow cabinet actuel qui reçoit £190,000 pour ses articles dans News of the World et Alastair Campbell, conseiller de Tony Blair jusqu'en 2003, qui fut éditeur politique du Daily Mirror.
Une partie de la stratégie du New Labour de Tony Blair, au milieu des années 90, était d'ailleurs de gagner le support de cette presse auparavant pro-conservateur. Notamment à la suite d'une conversation téléphonique entre Tony Blair et le propriétaire du Sun, Rupert Murdoch, le tabloid supporta le Labour lors de la campagne victorieuse de 1997, et titra d'ailleurs “It was
the Sun wot won it” [c'est le Sun qui l'a gagné]. En 1999, Murdoch nomma David Yelland, un ami proche des Blair, comme éditeur du Sun. Le tabloid adouba aussi le Labour en 2001 et Tony Blair supprima la loi qui restreignait la possession de médias britanniques depuis l'étranger (simple retour de politesse !). En 2003, Rebekah Wade (une amie proche de Blunkett) devint éditeur en remplacement de Yelland.
A quand le remplacement du chef de cabinet du Premier Ministre français
par l'éditeur de Voici, ou le directeur de la future campagne de
Sarkozy par le chroniqueur de Minute ?
Je vous encourage à lire, en ce début d'année 2006, le livre de Montesquieu : Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence. Alors qu'en France on loue encore souvent le système britannique, vous y verrez peut être des similitudes avec la politique anglaise...
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Dernière minute : ce mercredi 11 janvier, Tony Blair a réalisé sont premier podcast. Devinez où ? Dans le Sun !